2026 s’ouvre sur un paradoxe : jamais nous n’avons disposé d’outils aussi efficaces pour prévenir le cancer du col de l’utérus, et pourtant cet objectif reste encore hors de portée en France, principalement du fait de défauts d’organisation. Vaccination, dépistage, triage, colposcopie, équité d’accès, décisions thérapeutiques : tout évolue et nos pratiques quotidiennes sont directement concernées. C’est aussi dans ce contexte, à la fois exigeant et stimulant, que la France accueillera pour la première fois le congrès mondial de l’IFCPC, à Versailles, du 4 au 6 juin 2026 https://ifcpcparis2026.com/
L’IFCPC est la fédération internationale associant de plus de 50 sociétés nationales de colposcopie et rassemble ainsi celles et ceux qui s’engagent, au quotidien, dans la prévention, le diagnostic et le traitement des pathologies liées aux HPV : col utérin, vagin, vulve, et au-delà. Ce congrès s’inscrit dans un moment charnière, porté par un objectif mondial ambitieux : éliminer le cancer du col de l’utérus. Cet objectif s’appuie sur la stratégie de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dite « 90–70–90 » : 90 % des jeunes filles pleinement vaccinées contre les HPV, 70 % des femmes dépistées avec un test de haute performance, et 90 % des femmes identifiées avec une lésion intraépithéliale de haut-grade (ou un cancer) qui devront bénéficier d’une prise en charge et d’un traitement adapté.
Cette dynamique mondiale entre en résonance directe avec l’actualité française. Plusieurs évolutions majeures en témoignent.
Vaccination HPV : une dynamique enfin visible, sans perdre de vue la cible prioritaire des 11–14 ans
La progression de la couverture vaccinale est l’un des signaux les plus encourageants. Chez les jeunes filles, la couverture à une dose à 15 ans est passée de 23,6 % en 2016 à 54,6 % en 2023. Les campagnes au collège, en classe de 5e, ont clairement contribué à accélérer cette dynamique. L’élargissement du rattrapage jusqu’à 26 ans révolus est une opportunité supplémentaire, désormais actée, pour réduire la perte de chance chez les jeunes adultes non vaccinés. Pour autant, il faut le rappeler sans ambiguïté : notre priorité demeure la tranche 11–14 ans.
Dépistage : le virage HPV est pris, mais la couverture plafonne
Le dépistage organisé a profondément évolué avec la mise en place du test HPV en première intention après 30 ans. Cette transformation améliore la performance globale du dépistage, mais le point de tension majeur reste la couverture : en 2024, elle est estimée à 60,9 %, encore en-dessous du seuil européen acceptable de 70 % et ce malgré plusieurs années de déploiement national. Ce plafond est préoccupant, car il signifie que le programme peine encore à atteindre les femmes non dépistées, précisément celles chez qui le gain potentiel est le plus important.
Recommandations actualisées : des algorithmes adaptés à l’ère du dépistage HPV primaire
Le passage au dépistage virologique n’est pas qu’un changement de test : il impose également de nouvelles approches diagnostiques avec l’utilisation en triage de la cytologie pour les patientes HPV positives. Dans ce sens, les recommandations de prise en charge des femmes ayant un test de dépistage anormal ont été mises à jour et sont désormais disponibles (1). Présentées sous forme d’arbres décisionnels, elles visent à sécuriser et homogénéiser les pratiques. Il est essentiel que nous puissions les faire diffuser afin de garantir leur application systématique.
Immunodéprimées : des recommandations plus claires et un suivi plus rapproché
Autre point important en 2026 : la HAS publie des recommandations spécifiques pour le dépistage du cancer du col chez les personnes immunodéprimées hors VIH (2). Elles prévoient un suivi plus rapproché avec des consignes claires. C’est une avancée importante, car ces patientes ont souvent des parcours de soins dispersés entre plusieurs spécialités. En harmonisant les pratiques, ces recommandations permettent de mieux préciser qui dépister, à quel moment, et comment assurer le suivi.
Auto-prélèvement : pas encore intégré partout en pratique, mais déjà un changement de paradigme
L’auto-prélèvement vaginal pour test HPV est souvent présenté comme “à venir”. En réalité, il est déjà là, mais de façon inégale, et pas encore intégré dans les parcours du dépistage organisé dans lequel il devrait être proposé aux femmes non ou insuffisamment dépistées. Il modifie déjà notre relation au dépistage avec des demandes spontanées des patientes qui souhaitent éviter l’examen gynécologique. Notre responsabilité collective est d’encadrer cette nouvelle approche qui permettrait d’augmenter la couverture du dépistage en atteignant celles qui y échappent encore.
Le congrès IFCPC Paris 2026 : un rendez-vous mondial au service des enjeux très concrets de la pratique
Dans ce paysage, un congrès mondial n’a de sens que s’il aide à répondre à nos défis de terrain : améliorer la couverture vaccinale dans la tranche d’âge prioritaire, élargir la participation au dépistage, sécuriser les parcours après un résultat anormal, et intégrer de façon pragmatique les innovations de triage et de prise en charge. Le Congrès mondial de l’IFCPC Paris 2026 s’inscrit dans cette logique. Le programme scientifique de Versailles a été conçu pour être varié, complet et transversal, couvrant l’ensemble des enjeux de nos pratiques et les transformations contemporaines de notre exercice : réseaux sociaux, information et désinformation, progrès rapides de l’intelligence artificielle en colposcopie, sans oublier des sessions plus fondamentales pour éclairer mécanismes, stratégies et perspectives de recherche.
La force d’un congrès mondial est aussi de prendre conscience de la diversité des organisations de soins et des référentiels : comparer, comprendre, et repartir avec des leviers applicables dans nos cabinets, nos maternités, nos centres de dépistage et nos consultations de colposcopie. Nous avons également souhaité préserver un espace dédié à la communauté francophone, avec deux sessions en français, dont une session de cas cliniques et une session consacrée aux controverses actuelles en pathologie cervicale. Le congrès se déroulera en anglais, mais une traduction simultanée en français sera disponible pour toutes les sessions afin de faire disparaitre la barrière de la langue et de permettre à toutes et tous d’y participer. Enfin, comment ne pas évoquer le cadre exceptionnel : Versailles, à proximité immédiate du château, et une soirée de gala à l’Opéra Royal de Versailles, pensée comme un temps fort de convivialité et de rencontres, à la hauteur de l’événement.
En 2026, la prévention du cancer du col n’est plus une question d’intention : c’est une question de volonté, d’organisations et de qualité des parcours. La dynamique est là. À nous de la rendre irréversible.
REFERENCES
- Brun JL, Bergeron C, Averous G, Ardaens K, Aynaud O, Baffet H, et al. Management of women with abnormal cervical cytology: Update of French guidelines after the implementation of HPV screening. Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. nov 2025;314:114661. doi:10.1016/j.ejogrb.2025.114661 PubMed PMID: 40957151.
- Haute Autorité de Santé (HAS). Dépistage du cancer du col de l’utérus chez les personnes immunodéprimées hors personnes vivant avec le VIH [Internet]. 2025 [cité 27 mars 2026]. Disponible sur: https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-10/depistage_…
