Les injections volumatrices dans le point G : bonne idée ?

Introduction :

En 1981, Adieggo et al. rapportent, sur la face antérieure du vagin une « zone gâchette », capable de déclencher une émission fontaine (confondue à l’époque avec l’éjaculation féminine) et la nomment « Grafenberg spot »[1], en hommage à Ernst Grafenberg qui avait décrit cette zone particulièrement voluptueuse et génératrice de plaisir, 30 ans auparavant. [2]. S’en suivront de nombreux travaux de recherches anatomiques, radiologiques et sociologiques afin de préciser les caractéristiques de ce point G [3]. Aujourd’hui, le consensus s’accorde à dire que cette zone est le confluent des racines latérales du clitoris (bulbes spongieux et corps caverneux), de l’urètre, de la prostate féminine (glandes para-urétrales) et de la paroi antérieure du vagin, formant le complexe clitorido-urethro-prostato-vaginal [4,5].

Depuis la fin des années 90, la chirurgie de l’intime connaît un véritable essor, d’abord sur le versant esthétique puis sur le versant fonctionnel. En 2002, le Dr David Matlock a eu l’idée de réaliser des injections de collagène dans les glandes para-urétrales visant à augmenter le volume de ce point G, afin de rendre la zone plus stimulable au cours de la pénétration vaginale ou de la stimulation digitale pour « aider » des femmes ayant des difficultés pour accéder à l’orgasme. Il rapporte alors 87% de satisfaction et un effet persistant durant 3 à 5 mois (drmatlock.com). En 2006, le Dr Paul Benet a importé et modifié la technique en remplaçant le collagène par de l’acide hyaluronique. Plus récemment, d’autres substances telles que la graisse autologue [6] ou du plasma riche en plaquettes [7] ont été injectés.

Après 20 années de pratique et plusieurs milliers d’injections réalisées, qu’en est-il de l’évaluation médicale et sexologique de ces injections coûteuses, invasives et potentiellement à risque, concernant l’amélioration de la qualité vie sexuelle des femmes ?

 

Objectif :

Evaluer l’efficacité des injections de substance volumatrice dans le point G et les éventuels risques associés grâce à d’une revue de la littérature actualisée,

 

Matériels et Méthodes :

Une recherche a été effectuée sur les moteurs PubMed, Google, et Google Scholar et entre le 1er  janvier 2002 et le 31 Avril 2025 et tous les articles publiés avec les mots « G-Spot amplification » « G- Shot », « Female Genital Cosmestic Surgery » ont été analysés afin d’en extraire les données pertinentes concernant l’efficacité et les éventuels risques des injections dans le point G.

 

Résultats

Concernant l’utilisation du collagène pour les injections amplificatrices du point G, il n’existe aucune étude publiée. Concernant l’utilisation d’acide hyaluronique, Louis-Vahdat [8] a rapporté dans une communication orale en 2005, une série de 30 participantes : 93% des femmes décrivaient une amélioration des sensations vaginales, 86% une amélioration de la qualité des orgasmes vaginaux et 100% une augmentation du désir. Benattar [9] a rapporté que, sur les 80 femmes qui avaient reçu une injection, un tiers avait une baisse de la libido et 100% l’avaient retrouvé après et que deux tiers qui avaient une anorgasmie et 30% présentaient une plus grande sensibilité durant les rapports. Enfin, Durantet [10], dans son expérience personnelle, ne retrouvait aucune amélioration de l’orgasme chez toutes les patientes anorgasmiques après injection. Concernant l’utilisation de plasma riche en plaquettes (PRP), avec de multiples injections dans la paroi antérieure et en péri clitoridien Sugken et al retrouve, sur 52 femmes souffrant d’anorgasmie mais aussi de troubles de la lubrification et/ou de dyspareunies, une amélioration de tous les paramètres, au travers les questionnaires FSFI sur une période de 6 mois [11]. Concernant la graisse autologue, un seul cas a été publié en 2015 [13], il n’existe aucune série dans la littérature.

Concernant les complications de l’acide hyaluronique, Durantet évoque des complications théoriques pouvant être liées à la réticulation et/ou au volume injecté, telles qu’un rétrécissement du vagin responsable des dyspareunies, une compression de l’urètre avec rétention aigue d’urine, une nécrose de la paroi vaginale, des adhérences cicatricielles, ou une fistule vésico-vaginale [10]. Louis-Vahdat a mentionne 66% de saignements superficiels, 7% de douleurs au point d’injection et 3% de réactions inflammatoires [8]. Un cas a été rapporté suite à une embolie pulmonaire ayant conduit la patiente en réanimation après G-Shot d’acide hyaluronique [12].

 

Discussion et Conclusion :

Depuis 20 ans, l’amplification du point G par substance volumatice et principalement l’acide hyaluronique est devenue un acte de médecine esthétique génitale de plus en plus fréquemment réalisé et il existe de très nombreux sites sur Internet qui les proposent avec parfois des informations mensongères ou ambigües. Il n’existe pas d’évaluations sérieuses de l’efficacité l’agrandissement du point G sur le plaisir sexuel des femmes et des possibles effets secondaires.

Aucune substance médicale ne bénéficie à ce jour, d’une autorisation de mise sur le marché pour cette indication. De nombreuses sociétés savantes et notamment l’American College of Obstetricians and Gynecologists, la Société des Obstétriciens et des Gynécologues du Canada, le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, et le Royal Australian and New Zealand College of Obstetricians and Gynaecologists ont émis des réserves générales concernant la chirurgie esthétique de l’intime chez la femme et rappelle l’absence de preuve de l’efficacité et la sécurité de ces injections. Bachelet et al. invitent a fournir une information claires et loyable aux patientes sur l’absence de données probantes [13]. Pour Puppo qui ne croit pas en l’existence du point G et pour qui l’orgasme est accessible à toute femme en bonne santé par une stimulation efficace du clitoris, cette procédure est inutile et doit être considérée comme une mutilation génitale non spécifique de type 4 [14].

Avec l’injection de PRP, Sugken et al. rapportent de bons résultats sur l’amélioration plaisir, mais il existe un biais important puisque les injections ont été réalisées sur la paroi antérieure mais aussi autour du clitoris [12].

Durantet et Bachelet et al. soulignent l’importance de ne pas confondre les patientes avec un désir sexuel hypo actif  (qui ne devraient pas être traitées par ce type d’injection) et les véritables anorgasmies coïtales [10,13]. Une prise en charge sexologique avec un spécialiste proposant une information claire et complète sur l’anatomie et la physiologie du plaisir sexuel, et invitant à l’auto-découverte de son plaisir doit être d’être proposée en première intention. Pour Bachelet et al. [10] les injections d’acide hyaluronique permettent un agrandissement de la zone sans en améliorer la sensibilité, offrant la possibilité d’en faire une zone  « cible » pour la (ré)éducation.

Un essai comparatif contrôlé et randomisé s’appuyant sur des questionnaires validés, évaluant la qualité de vie sexuelle avant et après traitement, devrait être mis en place. Cela permettrait d’avoir une information claire et loyale à transmettre aux femmes demandeuses. Des résultats probants démontrant une réelle efficacité, permettraient alors d’intégrer cette pratique dans la stratégie de prise en charge globale des troubles de l’orgasme chez la femme.

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