La colposcopie, examen de référence dans la pathologie cervico-vaginale HPV induite comprend la plupart du temps en fin d’examen un ou plusieurs prélèvements biopsiques guidés afin d’établir un diagnostic histologique précis.
L’anxiété anticipative souvent ressentie par les patientes a tendance à s’accroître à la prononciation du mot « biopsie ».
La réalisation de ce geste ne nécessite généralement pas d’anesthésie préalable. Néanmoins, certaines équipes ont recours à des anesthésies locales de lidocaïne injectable ou sous autre forme galénique.
Cette méta-analyse, menée par une équipe pakistanaise, s’intéresse à l’efficacité de l’utilisation de lidocaïne en spray afin de réduire la douleur occasionnée par une biopsie cervicale réalisée sous contrôle coloscopique.
Le critère de jugement principal était le score de douleur ressentie lors de la biopsie, les critères de jugement secondaires étaient la douleur ressentie lors de l’introduction du spéculum, de la réalisation d’un curetage endocervical, et en post-procédure. Les auteurs ont inclus 4 essais contrôlés randomisés (études thaïlandaises et turques) comprenant au total 812 patientes.
Les résultats montrent une réduction significative de la douleur ressentie dans le groupe « Lidocaïne » lors de la biopsie (SMD = − 0.25, 95 % CI [− 0.45, 0.04], p = 0.02).
Les analyses de sous-groupes montrent une réduction significative de la douleur dans le groupe « Lidocaïne » comparé à « l’absence d’anesthésie » (SMD = − 0.20, 95 % CI [− 0.39, − 0.00], p = 0.04), à « la toux forcée » (SMD = − 0.84, 95 % CI [− 1.28, − 0.40], p = 0.0002).
On ne retrouvait par contre pas de de différence en comparaison avec le groupe « placebo » (SMD = − 0.11, 95 % CI [− 0.30, 0.08], p = 0.26).
La douleur post procédure était également réduite de manière significative dans le groupe « Lidocaïne » comparé aux autres groupes (SMD = − 0.26, 95 % CI [− 0.41, − 0.11], p = 0.0006).
L’intérêt de cette méta-analyse repose sur le fait qu’aucune étude jusqu’à maintenant n’a permis de mettre en valeur l’utilisation d’un antalgique par rapport à un autre (lidocaïne gel, lidocaïne spray, injection intracervicale de lidocaïne, musique, distractions visuelles).
D’autre part, aucune étude n’a jamais évalué l’utilisation de la lidocaïne uniquement sous sa forme en spray. Cette forme galénique apparait en effet plus prometteuse que la forme injectable, susceptible d’occasionner douleur et plaie tissulaire.
Enfin, les appréhensions liées à la douleur, le stress et l’anxiété occasionnée pourrait avoir un impact sur les taux d'observance de nos patientes.
Cependant, le fait qu’aucune différence significative de l’utilisation de lidocaïne en spray versus placebo ne soit retrouvée nous amène à penser que certains facteurs psychologiques pourraient influencer la perception de la douleur, liés à l'effet placebo. Autrement dit, l’effet placebo semble avoir un rôle prédominant dans la diminution de la douleur ressentie par les patientes.
Dans cette méta-analyse regroupant 4 essais contrôlés randomisés, 2 études sur 4 n’ont pas été effectuées en double aveugle.
La tolérance et le ressentie de la douleur d’une patiente à une autre est irrémédiablement influencée par ses antécédents, son histoire personnelle, la persistance de l’HPV dans le temps et le nombre de colposcopies dont elle a déjà bénéficié.
L’absence de données sur l’homogénéité de la population cible de cette méta-analyse en souligne une certaine faiblesse.
De la même manière, l’absence de données sur l’expérience des colposcopistes réalisant les biopsies souligne une variabilité inter-opérateur et un biais de performance non négligeable.
D’autre part, il apparaît sans aucun doute une faible puissance méta-analytique au vu du nombre très faible d’études inclus (n=4) et la pertinence clinique de ces résultats statistiquement significatifs demeure incertaine.
Enfin, la réalisation d’un curetage endocervical reste un geste très variable quant à sa réalisation dans la littérature internationale. Certains pays scandinaves utilisent parfois des sédations légères pour la réalisation de ce geste jugé douloureux pour les patientes, alors qu’il est souvent réalisé en France, sans aucune analgésie.
1 seule étude, dans cette méta-analyse, incluant seulement 214 patientes compare la douleur lors de la réalisation d’un curetage endocervical avec utilisation de spray de lidocaïne versus placebo. Aucun effet protecteur n’a été mis en évidence.
Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer la posologie et le moment d'administration optimal afin de maximiser l’efficacité de la lidocaïne en spray.
Les études futures devraient également prendre en compte des échantillons plus importants et des protocoles standardisés pour garantir des résultats cohérents et fiables.
En conclusion, la lidocaïne spray est probablement légèrement utile, mais son impact clinique réel reste modeste et partiellement imputable à l’effet placebo.
Son utilisation pourrait avoir un intérêt pour les patientes extrêmement anxieuses lors de la réalisation de la colpo-biopsie.
Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2025 Aug
Zahid S,A systematic review and meta-analysis of lidocaine spray efficacy in reducing pain in colposcopy-directed cervical biopsies.
