Influence du papilloma virus humain (HPV) sur les paramètres du sperme

Influence of human papillomavirus on semen parameters and male infertility: a single-center study.
Matik S, Bosilkovska AM, Bardakoska-Stefanovska S, Matik I, Ropi S, Jovanovski A, Trpchevski H, Petrusevska M.JBRA Assist Reprod. 2025 Dec 22. doi: 10.5935/1518-0557.20250186. Online ahead of print.PMID: 41428716


Dans cette étude mono-centrique, l’équipe s’est intéressée à savoir s’il existe un impact de la présence du virus HPV dans le sperme sur les paramètres spermatiques.

Matériel et méthode : la recherche par PCR du virus HPV dans le sperme a été réalisée dans une population de 50 hommes de couples infertiles et de 10 hommes de couples fertiles comme groupe contrôle.

Pour le groupe des hommes infertiles, seuls les cas d’infertilités inexpliquées après exploration ont été retenues. Exclusion des cas d’hommes avec traumatisme testiculaire, infection uro-génitale (cystite, pyélonéphrites, prostatites, etc …), expositions professionnelles à des températures élevées, à des pesticides, à des solvants organiques, présence d’une varicocèle, post-traitement par chimiothérapie ou radiothérapie ou médicaments toxiques pour la fertilité.

L’analyse des paramètres spermatiques a été réalisée par microscope assisté par micro-ordinateur. Les valeurs usuelles retenues sont ceux du référentiel de l’OMS version 20210 : concentration en spermatozoïdes, numération totale des spermatozoïdes dans l’éjaculat, pourcentage de mobilité totale et de mobilité progressive, différentes paramètres de mobilité, pourcentage de pénétration du mucus cervicale, pourcentage de formes typiques et atypiques des spermatozoïdes.

L’analyse de la présence et de la quantification du virus HPV a été réalisé par PCR quantitative utilisant 21 types d’HPV :

  • Types à bas risque : 6, 11, 44
  • Types à risque intermédiaire : 26, 53, 66, 68, 73, 82
  • Types à risque élevée : 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 61, 52, 56, 58, 59

 

Résultats

Le virus HPV a été détecté dans le sperme chez 9 hommes infertiles sur 50. Les types retrouvés sont les types 52, 18, 3133, 59, 68.

Le virus HPV a été détecté dans le sperme d’un homme fertile sur les 10. Les types retrouvés sont le type 16 et 31.

Dans le groupe des hommes infertiles, la présence du virus HPV a un impact sur différents paramètres du sperme :

  • Une mobilité progressive plus importante (p= 0,0039)
  • Une augmentation du pourcentage de spermatozoïdes avec résidus cytoplasmiques (p=0,05)
  • Un pourcentage plus faible de spermatozoïdes avec acrosomes normaux (p=0,05)

Par comparaison avec le groupe des hommes fertiles, les hommes infertiles avec HPV positifs montrent :

  • Une concentration plus faible de spermatozoïdes (p=0,04)
  • Un nombre plus faible de spermatozoïdes mobiles (p=0,02)
  • Une moins bonne pénétration du mucus cervical (p= 0,008)
  • Un pourcentage plus faible de spermatozoïdes à formes typiques (p=0,05)

 

Discussion

Les infections à HPV sont des infections sexuellement transmissibles. Au niveau mondial un homme sur trois est porteur du virus HPV (prévalence mondiale estimée à 31%) avec principalement le type 16 suivi des types 6, 51, 52, 59, 18 (Bruni et col 2023).

Il est à noter que chez les hommes infertiles positifs pour le virus HPV, la mobilité des spermatozoïdes est plus élevée que pour les hommes négatifs pour le HPV, ce qui est contradictoire avec d’autres études (Weinberg et col, 2020 ; Cao et col, 2020)

La concentration plus faible de spermatozoïdes retrouvée chez les hommes infertiles porteur du virus HPV est retrouvée dans d’autres études (Pellavio et col, 2020, Weinberg et col, 2020). Cette diminution pourrait s’expliquer par une augmentation du stress oxydatif en cas de présence du virus entrainant aussi une augmentation de la fragmentation de l’ADN spermatique.

La diminution de la pénétration du mucus cervical en cas de présence du virus HPV est également retrouvé dans l’étude de Pellavio et col (2020).

Sur le plan morphologique, la présence du virus HPV entraine une augmentation des formes atypiques des spermatozoïdes avec notamment une augmentation de la présence de résidus cytoplasmiques (Wang et col, 2021 ; Boeri et col 2019).

 

Il est certain que cette étude a une limite liée à la très faible quantité de l’effectif, mais elle a l’intérêt de comparer la présence du virus HPV versus absence du virus dans une population d'hommes infertiles.

 

Avis personnel.

Cette étude s’inscrit dans un ensemble de travaux ayant exploré une association possible entre l’infection à HPV et certaines altérations des paramètres spermatiques. Toutefois, les données actuellement disponibles restent discordantes, plusieurs études n’ayant pas retrouvé d’association significative ou n’ayant pas permis de conclure de manière robuste.

En réalité, cette étude ne permet pas d’apporter une preuve d’un effet propre du HPV sur la qualité du sperme. Elle a surtout le mérite de reposer la question, mais ses résultats doivent être interprétés avec une extrême prudence en raison de limites méthodologiques importantes, exposant notamment à un risque majeur de biais de confusion. De même, les publications rapportant une diminution des résultats de FIV chez les sujets HPV positifs ne permettent pas, à ce stade, d’attribuer cet effet au seul HPV, celui-ci pouvant être lié à d’autres facteurs confondants.

A ce jour, aucune recommandation ne peut être formulée sur l’intérêt d’une recherche du HPV dans le cadre d’une infertilité ou d’altérations inexpliquées des paramètres spermatiques. Seules des études complémentaires, méthodologiquement solides et portant sur des effectifs plus importants, permettront de déterminer s’il existe ou non une association cliniquement pertinente.

 

Références.

Pédiatrie

Sexologie