Prise de poids gestationnelle et risques maternels et néonatals : revue systématique et méta-analyse à partir de données observationnelles portant sur 1,6 million de femmes

La prise de poids gestationnelle (PPG) est indépendamment associée à des risques maternels et néonatals, ainsi qu’à des conséquences à long terme sur la santé de la mère et de l’enfant. Les recommandations de l’Institute of Medicine (IOM), initialement établies en 1990 puis révisées en 2009, ont longtemps servi de référence internationale. Elles pronent une prise de poids idéale variable selon l’IMC de la mère antérieurement à la grossesse. Toutefois, elles reposent sur des données issues de populations dont les critères sont différents de ceux des populations contemporaines : un âge maternel plus bas, un indice de masse corporelle (IMC) plus faible, une diversité ethnique limitée et un contexte restreint aux pays à revenu élevé. Or les tendances démographiques mondiales, au cours des deux dernières décennies, sont marquées par une augmentation de l’âge maternel, de l’IMC et de la PPG, soulignant la nécessité d’une mise à jour.

L’objectif des auteurs de l’étude publiée dans le BMJ est de synthétiser les données issues de populations contemporaines provenant de différentes régions du monde et de contextes divers à niveaux de revenu variés, concernant les associations entre la prise de poids gestationnelle (PPG) et un large éventail de risques.

Une revue systématique et méta-analyse a ainsi été réalisée selon les recommandations PRISMA et enregistrée dans PROSPERO. Elle a été élaborée en lien avec le groupe technique de l’OMS travaillant sur la prise de poids gestationnelle (PPG).

Des recherches systématiques ont été menées dans plusieurs bases de données internationales, sans restriction de langue, pour les études publiées entre 2009 et mai 2024. Les études observationnelles sélectionnées avaient inclus plus de 300 participantes, constituées de femmes âgées de plus de 18 ans, avec grossesse unique, et avaient rapporté le devenir de grossesse stratifié selon l’indice de masse corporelle (IMC) et la prise de poids gestationnelle (PPG).

Les principales données évaluées regroupaient : le poids de naissance, l’’accouchement par césarienne, les troubles hypertensifs de la grossesse, les naissances prématurées, le nombre de nouveau-nés petits ou grands pour l’âge gestationnel, le faible poids de naissance, la macrosomie, l’admission en unité de soins intensifs néonatals (USIN), la détresse respiratoire, l’hyperbilirubinémie et le diabète gestationnel (DG).

 

Parmi les études identifiées, 40 répondaient aux critères d’inclusion, représentant les données de plus de 1,6 million de femmes. Parmi les femmes incluses, 6 % avaient un IMC insuffisant, 53 % un IMC normal, 19 % un surpoids et 22 % une obésité.  23 % des patientes avaient eu une prise de poids

gestationnelle inférieure aux recommandations, 32 % une prise conforme aux recommandations et 45 % une prise excessive.

 

Selon les critères d’IMC de l’Organisation mondiale de la Santé, une prise de poids gestationnelle supérieure aux recommandations de l’IOM était associée à un risque accru de césarienne (OR 1,37) et à une augmentation des troubles hypertensifs lors de la grossesse (OR 1,37). Concernant le devenir néonatal, elle était associée à un poids de naissance plus élevé avec une différence moyenne de 118,33 g , à une augmentation du nombre de nouveau-nés grands pour l’âge gestationnel (OR 1,77), de macrosomie (OR 1,78) et d’admission en unité de soins intensifs néonatals ( OR 1,26). A l'inverse, elle était associée à une diminution du risque de prématurité (OR 0,71) et de nouveau-nés petits pour l’âge gestationnel (OR 0,69).

 

A l’opposé, une prise de poids gestationnelle inférieure aux recommandations de l’IOM était associée à un risque réduit de césarienne (OR 0,90) et à un poids de naissance plus faible (avec une différence moyenne de 184,5 g). Il n’y a pas eu d’association retrouvée concernant les troubles hypertensifs. Elle était également associée  à un risque accru de prématurité (OR 1,63), de petit poids pour l’âge gestationnel (OR 1,49), de faible poids de naissance (OR 1,78) et de détresse respiratoire (OR 1,29) et à un risque réduit de nouveau- nés grands pour l’âge gestationnel (OR 0,67) et de macrosomie (OR 0,68).

 

Le diabète gestationnel n’a pas pu faire l’objet d’une méta-analyse en raison de la variabilité des populations étudiées et des critères diagnostiques utilisés. En effet, après le diagnostic de diabète gestationnel, les modifications du mode de vie et les traitements médicamenteux peuvent influencer la PPG (avec notamment une perte de poids) introduisant un biais de causalité inverse. Les auteurs suggèrent que les études futures devraient privilégier l’analyse de la PPG au moment du diagnostic de DG plutôt que la PPG totale, afin de mieux refléter le risque réel.

De manière comparable, les associations observées avec les troubles hypertensifs de la grossesse, la prématurité et les admissions en soins intensifs néonatals doivent être interprétés avec prudence. La PPG peut être à la fois un facteur causal et une conséquence des troubles hypertensifs de la grossesse (à travers une prise de poids liée aux œdèmes). De même, le lien entre faible PPG et prématurité peut refléter une durée de grossesse plus courte qui limite la prise de poids totale et reflète donc une causalité inverse. Les admissions en soins intensifs néonatals dépendent également de multiples facteurs interdépendants non entièrement pris en compte.

Cette large revue portant sur 1,6 million de grossesses montre donc que la prise de poids gestationnelle (PPG) hors recommandations est fréquente et entraîne  des risques maternels et néonatals importants :

  • Une PPG insuffisante augmente le risque de prématurité, de petit poids pour l’âge gestationnel et de faible poids de naissance, tout en réduisant celui de césarienne, de nouveau- nés grands pour l’âge gestationnel et de macrosomie.
  • À l’inverse, une PPG excessive accroît le risque de césarienne, d’hypertension, de macrosomie et d’admission en soins intensifs néonatals, tout en diminuant le risque de prématurité et de petit poids pour l’âge gestationnel.

Bien que cette revue se distingue par sa méthodologie rigoureuse et l’inclusion d’un large population de femmes offrant une représentativité internationale, il persiste une hétérogénéité statistique provenant des classifications d’IMC (critères OMS versus asiatiques), des catégories de prise de poids gestationnelle, des variations dans les définitions des risques (notamment pour le diabète gestationnel, les troubles hypertensifs et la prématurité) et de la sous-représentation de certaines zones géographiques nécessitant d’interpréter les conclusions avec prudence.

Malgré cela, les résultats de cette méta-analyse apportent des éléments solides pour orienter l'initiative de l’OMS visant à optimiser des standards de PPG pertinents à l’échelle mondiale, afin de limiter les risques et d’améliorer le pronostic des grossesses dans toutes les régions du monde.

 

Goldstein RF, Bahri Khomami M, Tay CT, Sethi P, Liew J, Moran L, et al. Gestational weight gain and risk of adverse maternal and neonatal outcomes in observational data from 1.6 million women: systematic review and meta-analysis. BMJ. 19 nov 2025;391:e085710.

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