En 1975, les docteurs Abrahams et Pasini ont introduit le concept de Santé Sexuelle à l’OMS qui fait désormais parti de la santé au sens large. Ceci a également contribué à la mise en place (difficile) des programmes scolaires d’éducation à la santé sexuelle et affective, et à la création de droits sexuels visant à permettre à chacun d’avoir des expériences sexuelles, source de plaisir et libres de toute coercition, discrimination ou violence.
Depuis les années 50, la place de la femme dans la société a évolué et la sexualité a pris de l’importance dans sa vie, passant du dogme qu’ « une femme bien était un femme avec un maximum d’enfants et un minimum d’orgasmes » à une sexualité libérée dans laquelle le plaisir sexuel et l’épanouissement sont importants et revendiqués. Dans un sondage IFOP 2024, interrogeant 1524 femmes sur l’importance de la sexualité : 62% déclarent que la sexualité est très importante ou assez importante.
Cependant la sexualité récréative qui vise à passer du bon temps avec son (ou ses) partenaire n’est ni naturelle, ni innée. Et, aujourd’hui, un certain nombre de femmes souffrent de difficulté sexuelle. Dans un autre sondage en 2021, 35 % des femmes se disent insatisfaites de leur vie sexuelle.
Le gynécologue, la sage femme, le médecin traitant sont des soignants de première ligne pour accompagner les femmes de tout âge dans leur sexualité et le gouvernement positionnent ces professions comme des acteurs de santé sexuelle majeurs afin de pouvoir aider à la mise en application de la Stratégie Nationale de Santé Sexuelle 2017-2030.
Ce que le gynécologue fait (normalement) déjà pour la sexualité des femmes :
Traditionnellement, plusieurs missions gynécologiques incombent naturellement aux médecins et participent à la sécurisation et l’amélioration de la sexualité des femmes :
- Dépistage les cancers gynécologiques : dysplasies cervicales à partir de 25 ans, cancer du sein et cancer du colon à partir de 50 ans (INCA).
- Information, dépistage et prévention des IST : utilisation systématique du préservatif, dépistage du chlamydiae (recommandation HAS 2018), prescription de bilan IST complet, traitement des maladies.
- Proposition de vaccination contre l’HPV et l’Hépatite B (en attendant d’autres vaccins contre les autres IST).
- Dépistage des violences et des états de stress post traumatique (Recommandation HAS).
- Protection des grossesses non désirées avec information et prescription d’une contraception efficace permettant aux femmes de pouvoir s’épanouir dans une sexualité délivrée du spectre d’une grossesse non désirée (RPC CNGOF contraception 2018)
- Surveillance du bien-être vulvo-vaginal : avec la prise en charge des troubles responsables de sècheresse vaginale (post partum, syndrome génito-urinaire de la ménopause, lichen…) entrainant des dyspareunies, et le maintient de l’équilibre du microbiote vaginale.
- Information générale et spécifique sur la sexualité : adolescente, ménopause, post partum…
Pour cela, le soignant doit offrir un espace de dialogue dans lequel le respect, la confiance et l’absence de jugement sont primordiaux. Pour la patiente, la consultation gynécologique ne doit pas être appréhendée avec peur et anxiété. Le médecin se doit d’adhérer et de respecter la charte d’éthique publiée par le CNGOF en 2021 afin d’éviter que l’examen gynécologique ne soit un traumatisme pour la patiente avec possiblement un impact négatif sur sa vie sexuelle et intime.
Ce que le gynécologue peut (facilement) faire pour aider les femmes dans leur difficultés sexuelles.
En prenant un peu de temps, le médecin peut facilement dépisté les difficultés de sa patiente et entendre sa plainte :
- Dépistage les dysfonctions sexuelles :
Et pour cela, il doit oser poser LA QUESTION : « Et dans l’intimité, comment ça se passe ? ». Simplement, naturellement et sur le même ton neutre que les précédentes questions de son interrogatoire, tout en étant capable de recevoir tout type de réponse.
Pour rappel, voici la prévalence moyenne des principales dysfonctions sexuelles féminines :
- Désir sexuel hypo actif : 20 à 40 %
- Trouble de l’excitation : 15%
- Dyspareunies : 15 à 20 %
- Difficulté à obtenir un orgasme : 33%
- Vaginisme 1 à 2 %
Et beaucoup de femmes aimeraient pouvoir parler de leurs difficultés sexuelles avec leur médecin traitant ou à leur gynécologue, mais la plupart n’ose pas et espère que ce dernier va leur offrir l’occasion de pouvoir exprimer leur plainte ou leur difficulté… Mais, malheureusement, trop peu le font (10%). Les motifs évoqués sont : le manque de temps, la pudeur et la gène, la prise de conscience insuffisante, la crainte de ne pas être capable de prendre en charge et le manque de connaissance.
Après écoute de la plainte et de la souffrance de la patiente, le gynécologue peut soit prendre en charge, lui même, un trouble simple qu’il sait gérer (ex : dyspareunie sur sècheresse vaginale), soit alors l’adresser à un confrère sexologue dans le cadre d’un réseau de soin.
- Sauvetage du conjoint
Si, dans la conversation, une femme évoque une altération de la sexualité à cause d’un trouble érectile de novo chez son partenaire, un homme de 50 ans avec des facteurs de risque cardio vasculaire, il est recommandé de l’adresser rapidement en consultation de cardiologie car l’artère pénienne peut être la première à être symptomatique et Montorsi et al. ont montré que ce trouble erectile est un témoin de l’athérome, prédictif d’un accident vasculaire cérébral ou d’une infarctus du myocarde à moyen terme.
- Aide à un confrère sexologue.
Certains sexologues ne sont pas médecins et/ou ne sont pas autoriser à réaliser un examen gynécologique (psychologues ou non médicaux), ou d’autres médecins ne sont pas à l’aise pour le pratiquer (psychiatre). Le gynécologue peut aussi aider un sexologue en éliminant une organicité (ex : confirmation d’un examen gynécologique normal avant de traiter un vaginisme…) ou en prescrivant un traitement spécifique (ex : traitement oestrogénique locale sur un SGUM).
Quand le gynécologue devient sexologue diplômé:
Après avoir validé le Diplôme Inter Universitaire de sexologue, ou valider une formation diplômante crédible, le médecin peut alors devenir sexologue, capable de mener une consultation sexologique complète explorant le trouble sexuel et la patiente dans sa globalité, pour ensuite poser un diagnostic précis (de vaginisme, de dyspareunies, de trouble de l’orgasme, trouble de l’excitation, de désir sexuel hypo actif…) et enfin, de proposer une prise en charge sexologique associant une informations validée, une lutte contre les idées fausses, de la sexothérapie, une possible pharmacothérapie et d’autres thérapies (TCC, bibliotherapie, hypnose, …) afin d’aider et accompagner la patiente.
Le gynécologue sexologue peut également faire parti d ‘un réseau de soin et se voir adresser des patientes par des confrères pour un trouble sexuel isolé, ou des dyspareunies dans le cadre d’une endométriose douloureuse, ou pour un accompagnement onco sexologique, etc…
Pour conclure, le gynécologue, la sage femme et médecin généraliste apparaîssent comme des acteurs majeurs de première ligne pour aider les femmes dans leur sexualité tout au long de leur vie, au travers tous les changements qu’elles traversent ou les difficultés qu’elles rencontrent. La simple question interrogeant sur la qualité de la vie sexuelle de la patiente devrait faire partie de l’interrogatoire gynécologique de routine. L’adressage des femmes en difficulté et en souffrance, grâce un réseau de soin doit pouvoir permettre prise en charge de ces dernières par des professionnels diplômés et qualifiés. (Pour rappel, le titre de « sexologue » n’est, à ce jour, malheureusement pas protégé par le conseil de l’ordre et certains utilisent ce titre sans aucune formation solide.)
Note du rédacteur :
L’AIUS (Association Inter Universitaire de Sexologie) propose un annuaire regroupant des sexologues diplômés dans chaque département et organise régulièrement des formations et des webinars ouverts à tous.
Références :
- https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2024/02/Infographie_Sex_Recession_2024.26.01-1.pdf
- https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2021/09/Infographie_Volet1_2021.08.31.pdf
- https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/strategie_nationale_sante_sexuelle.pdf
- https://www.has-sante.fr/jcms/p_3104867/fr/reperage-des-femmes-victimes-de-violences-au-sein-du-couple
- https://cngof.fr/app/uploads/2022/12/Charte-de-consultation-en-gynecologie-et-obstetrique.pdf?x13417
- The artery size hypothesis: a macrovascular link between erectile dysfunction and coronary artery disease. Montorsi P, Ravagnani PM, Galli S, Rotatori F, Briganti A, Salonia A, Rigatti P, Montorsi F.Am J Cardiol. 2005 Dec 26;96(12B):19M-23M.
