Vaccination anti-hpv : une protection durable contre le cancer invasif du col, maximale lorsqu’elle est précoce

Le BMJ vient de publier une étude nationale suédoise dont l’objectif était d’évaluer le risque à long terme de cancer invasif du col après vaccination quadrivalente anti-HPV, d’apprécier l’évolution de cette protection au fil du temps et de mesurer l’impact populationnel des différents programmes vaccinaux mis en place en Suède (1). Réalisée à partir des données de registres nationaux Suédois de 2006 à 2023, elle a inclus plus de 926 000 filles et jeunes femmes. Les conclusions de cette étude sont particulièrement claires : la vaccination anti-HPV protège durablement contre le cancer invasif du col, sans signal d’atténuation de son efficacité au fil du temps, mais cette protection dépend étroitement de l’âge auquel le vaccin est administré. Elle est maximale lorsque la vaccination est initiée avant 17 ans, avec une diminution ajustée de 79 % (IC à 95 % : 68-87) de l’incidence du cancer du col et elle s’accompagne d’un bénéfice maximal dans les cohortes vaccinées dans le cadre de programmes organisés, en particulier scolaires. 

Cette étude complète celle de Lei et al., publiée dans le New England Journal of Medicine en 2020, qui avait déjà montré, dans la cohorte suédoise initiale, une réduction substantielle du risque de cancer invasif du col après vaccination anti-HPV (2). Le travail de Wu et al. en renforce la conclusion. Son apport majeur est d’offrir un recul plus long sur cette même cohorte (18 ans) et de confirmer que la protection offerte par la vaccination anti-HPV contre cancer invasif persiste dans le temps (1). 

Mais ce travail rappelle aussi un point essentiel, parfois insuffisamment souligné : toutes les vaccinations anti-HPV n’offrent pas le même niveau de protection. L’effet protecteur est maximal lorsque la vaccination est réalisée tôt, avant l’exposition virale. En revanche, lorsque la vaccination est initiée plus tardivement, notamment après 20 ans, le bénéfice devient nettement plus limité. Ainsi, la diminution ajustée de l’incidence du cancer du col chez les femmes vaccinées après 20 ans chute à 24 %, mais surtout sans effet statistiquement significatif (1). Autrement dit, si un rattrapage tardif peut encore être utile, il ne permet pas de prétendre à une efficacité comparable à celle d’une vaccination précoce. C’est probablement l’un des enseignements les plus importants de cette publication : le vaccin est d’autant plus efficace qu’il est administré tôt, et il ne faut pas laisser penser qu’une vaccination différée à l’âge adulte offrirait une protection équivalente. 

Ces données sont pleinement cohérentes avec les résultats anglais de Falcaro et al. publiés dans The Lancet en 2021, qui montraient déjà une réduction du risque de cancer du col de 34 % chez les femmes vaccinées à 16-18 ans, de 62 % chez celles vaccinées à 14-16 ans, et de 87 % chez celles vaccinées à 12-13 ans (3). La seconde analyse publiée en 2025 confirme cette dynamique à l’échelle populationnelle et montre que la baisse des cancers invasifs et des CIN3 se poursuit à mesure que les cohortes vaccinées avancent en âge, avec une réduction d’environ 80 % des néoplasies cervicales dans le groupe de vaccination systématique précoce (4). Dans des contextes différents, avec des stratégies vaccinales et des organisations de dépistage distinctes, le message reste donc remarquablement cohérent : la vaccination anti-HPV protège, mais elle protège d’autant mieux qu’elle est administrée précocement. 

En pratique, tous les efforts doivent être mis en place pour vacciner le plus tôt possible. En France, si la Haute Autorité de santé recommande désormais un rattrapage vaccinal contre les HPV chez les femmes et les hommes jusqu’à 26 ans révolus, elle rappelle explicitement que la priorité doit rester l’amélioration de la couverture vaccinale chez les adolescents de 11 à 14 ans, tranche d’âge dans laquelle la protection vaccinale est optimale (5). Le rattrapage jusqu’à 26 ans constitue ainsi une opportunité utile, mais il doit être présenté pour ce qu’il est : une stratégie de seconde intention, pertinente chez les non-vaccinés, sans commune mesure avec le bénéfice maximal conféré par une vaccination très précoce. 

Cette nouvelle étude vient ainsi renforcer un corpus de preuves devenu particulièrement solide. Elle confirme que la vaccination anti-HPV est très efficace et qu’en plus de prévenir l’infection persistante à HV et les lésions précancéreuses, elle permet d’éviter durablement le cancer du col, essentiellement lorsqu’elle est réalisée avant l’exposition virale. Le message de santé publique est double : vacciner tôt permet d’obtenir le bénéfice individuel maximal, et vacciner largement, dans le cadre de programmes organisés, en particulier de vaccination scolaire, permet d’obtenir le bénéfice collectif maximal. À l’heure où l’élimination du cancer du col est devenue un objectif international explicite, ces données constituent un argument supplémentaire majeur en faveur d’une politique vaccinale précoce, ambitieuse et équitable. 

 

REFERENCES

  1. Wu S, Deng Y, Lepp T, Schollin Ask L, Sparén P, Clements M, et al. Extended follow-up of invasive cervical cancer risk after quadrivalent HPV vaccination: nationwide, register based study. BMJ. 2026;392:e087326.
  2. Lei J, Ploner A, Elfström KM, Wang J, Roth A, Fang F, Sundström K, et al. HPV vaccination and the risk of invasive cervical cancer. N Engl J Med. 2020;383(14):1340-8.
  3. Falcaro M, Castañon A, Ndlela B, Checchi M, Soldan K, Lopez-Bernal J, et al. The effects of the national HPV vaccination programme in England, UK, on cervical cancer and grade 3 cervical intraepithelial neoplasia incidence: a register-based observational study. Lancet. 2021;398(10316):2084-92.
  4. Falcaro M, Castañón A, Ndlela B, Sasieni P. Association between HPV vaccination and cervical screening policy changes and cervical cancer incidence and grade-3 cervical intraepithelial neoplasia incidence in England, 2006-2020: a population-based trends analysis. Lancet Reg Health Eur. 2025;49:101157.
  5. Haute Autorité de santé. Vaccination contre les papillomavirus (HPV) : élargissement de la cohorte de rattrapage vaccinal chez les hommes et les femmes jusqu’à 26 ans révolus. Saint-Denis La Plaine: HAS; 2025. 

 

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