THM et risque cardiovasculaire : impact bénéfique de l’aspirine et/ou des statines ?

Le journal Menopause a publié en 2026 une analyse secondaire des essais randomisés de la Women’s Health Initiative (WHI), évaluant si la prise de statine ou d’aspirine à l’inclusion modifie le risque cardiovasculaire associé au traitement hormonal ménopausique (THM) analysé dans cette étude.

Cette analyse repose sur deux essais randomisés contrôlés contre placebo.  Le premier concerne des femmes hystérectomisées, recevant soit un traitement par estrogènes seuls (estrogènes conjugués équins, CEE) soit un placebo (n = 10 739). Le second inclut des femmes non hystérectomisées, recevant soit une association estrogènes–progestatif (CEE + acétate de medroxyprogestérone, MPA) soit un placebo (n = 16 608). Au total, 27 347 femmes ménopausées âgées de 50 à 79 ans ont été incluses.

Les analyses ont été conduites en intention de traiter, en évaluant l’existence d’une interaction entre le traitement hormonal et la prise concomitante de statine ou d’aspirine. Les événements ont été étudiés à 2 ans et 5 ans, avec une analyse exploratoire intermédiaire à 3,5 ans. Parmi les participantes, 7,1 % prenaient une statine et 20,6 % de l’aspirine à l’inclusion ; ces femmes étaient en moyenne plus âgées et avaient plus de facteurs de risque et d’antécédents cardiovasculaires comparativement aux femmes non utilisatrices de ces deux thérapeutiques.

Les critères de jugement principaux comprenaient la survenue d’événements cardiovasculaires, incluant la maladie coronarienne, les accidents vasculaires cérébraux, la thrombose veineuse et un critère composite d’événements cardiovasculaires majeurs, tandis que les critères secondaires incluaient les AVC ischémiques, les revascularisations coronariennes et un critère composite élargi.

Dans cette étude, l’analyse de l’effet du THM sans tenir compte du délai de ménopause dans cette population américaine de femmes à distance de la ménopause et avec des facteurs de risque cardiovasculaires montraient que le traitement combiné CEE + MPA augmente le risque de maladie coronarienne à 2 ans (HR = 1,49 [1,05–2,11]) et à 5 ans (HR = 1,37 [1,08–1,73]), alors que les estrogènes seuls (CEE) n’augmentent pas significativement ce risque. L’utilisation d’aspirine à l’inclusion ou de statine ne modifie pas l’effet du traitement hormonal sur le risque cardio-vasculaire à 2 ans ni à 5 ans. Cependant, dans une analyse exploratoire à 3,5 ans, une interaction est observée entre CEE seul et statine sur le risque coronarien (HR = 0,47 (0.21-1.03) versus 1,14 (0,82-1,59) chez les non utilisatrices de statine; p interaction = 0,04). Une analyse stratifiée selon la dose des statines suggère une diminution du risque coronarien plus marquée chez les utilisatrices de statines de forte dose (HR = 0,36 (0,11-1,22) ) comparativement à celles recevant des statines de plus faible posologie (HR = 0,50 (0,18-1,44)), avec une tendance dose–réponse (p pour tendance = 0,03).
Ces résultats restent exploratoires compte tenu du faible nombre d’évènements survenus dans ces sous-groupes

Les auteurs suggèrent qu’un faible taux de LDL basal pourrait être associé à une diminution du risque d’événements cardiovasculaires chez les utilisatrices de traitement hormonal, un impact qui semblerait davantage lié au niveau de LDL lui-même qu’à l’utilisation des statines en tant que telle. Ils évoquent également, à partir d’analyses exploratoires, un possible effet bénéfique des statines, notamment à forte dose, sans toutefois pouvoir conclure en raison du faible effectif exposé.

Enfin, ces observations sont globalement cohérentes avec certaines études observationnelles, mais diffèrent de l’étude HERS, qui retrouvait une interaction significative entre statines et traitement combiné (CEE + MPA) sur le risque artériel et veineux en prévention secondaire.

Cette étude présente plusieurs limites. Il s’agit d’une analyse secondaire non pré-spécifiée. Par ailleurs, la prise de statines et d’aspirine n’était pas randomisée, exposant à un risque de biais de confusion, les femmes traitées étant plus âgées et à plus haut risque cardiovasculaire. La proportion de participantes exposées aux statines était faible, limitant la puissance statistique des analyses d’interaction. Enfin, les résultats sont spécifiques au traitement hormonal étudié et ne peuvent être extrapolés aux types de THM.

En conclusion, cette analyse secondaire de la WHI ne met pas en évidence d’interaction significative entre statines ou aspirine et THM sur le risque d’événements cardiovasculaires à 2 et 5 ans. Les résultats suggèrent que le contrôle du LDL basal est plus déterminant que l’utilisation de statines en tant que telle dans la modulation du risque cardiovasculaire associé au traitement hormonal.

 

Davis et al., Baseline use of aspirin or statins with oral oestrogen and progestogens to prevent incident arterial or veinous thrombotic events : a secondary analysis of the Women’s Health Initiative trial, Menopause, 2026

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