Le one-to-one avec une french touch

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Il y a trois ans, j’écrivais un édito pour Gyneco on line sur l’accouchement accompagné à domicile (AAD) où j’expliquais les définitions des différents lieux d’accouchements (1). Je remets ici les principales définitions pour une meilleure compréhension de la suite de ce nouvel édito :

L’hôpital public ou privé, ou la clinique privée sont des structures que nous connaissons bien et nous n’avons pas besoin de les définir.

Les maisons de naissance sont « des structures où des sage-femmes réalisent l’accouchement des femmes enceintes dont elles ont assuré́ le suivi de la grossesse, dans les conditions prévues aux articles L.4151-1 et L.4151-3 du code de la santé publique » (2). Ces structures sont indépendantes et sans médecins (pas de gynécologue obstétricien, anesthésiste ou pédiatre).

Le plateau technique est la possibilité pour la patiente et sa sage-femme de venir à la maternité, le plus souvent une fois le travail bien avancé, pour que l’accouchement ait lieu en salle de naissance, mais en respectant l’accompagnement global par la sage-femme. Si tout se passe bien, elles retournent ensemble au domicile de la patiente après la surveillance immédiate. Certains parlent ici d’accouchement ambulatoire.

L’accouchement accompagné à domicile (AAD) est la possibilité pour la patiente et le couple de vivre l’accouchement au domicile, sans avoir à se déplacer sur une structure. Il est dit « accompagné » car il se fait avec une professionnelle formée, une sage-femme. Ce point est important car ce n’est pas un accouchement inopiné, ni un accouchement non accompagné (ANA), qui, comme son nom l’indique, s’efectue volontairement sans sage-femme.

Ces définitions ne concernent que le lieu d’accouchement et un peu les professionnel·les qui accompagnent les femmes/couples dans cette période. Discuter du lieu masque parfois la vraie demande, le suivi global.

Le suivi global est l’accompagnement de la grossesse, de l’accouchement et du postpartum par le ou la même professionnel·le, quel que soit le lieu de naissance. Ce suivi global concerne essentiellement les sages-femmes, dans un cadre libéral car il n’est pas ou quasiment pas possible dans un mode de salariat en France. Il est possible quand la grossesse et l’accouchement sont à bas risque, en AAD ou en maison de naissance, ou encore dans certains plateaux techniques, avec un transfert vers une autre équipe en cas de complication ou de demande d’analgésie péridurale, par exemple.

Après plus de dix ans de travail, d’organisation, de réunions et de demandes de financement, un programme de suivi global vient de voir le jour à la maternité de la Pitié Salpêtrière, à Paris, en mars 2026.

Sur le principe, c’est la possibilité de choisir sa sage-femme libérale, faire le suivi de grossesse et la préparation à la naissance avec cette sage-femme, puis de venir accoucher à la maternité de la Pitié Salpêtrière avec cette même sage-femme, et enfin de retourner à domicile, toujours avec cette sage-femme, quel que soit le déroulement de l’accouchement. Si cela semble simple quand on le définit en une seule phrase, comme je viens de l’écrire, c’est bien plus compliqué dans les faits. Voici quelques éléments qui permettent de mieux comprendre :

  • La sage-femme reste avec la patiente et le couple tout le temps.
  • Nous avons construit une salle de naissance indépendante mais attenante à la salle de naissance conventionnelle de notre maternité. Lorsque la grossesse est à bas risque et que l'accouchement se passe normalement, il se déroule alors dans cette salle, avec la sage-femme et de façon peu médicalisée comme ça le serait dans une maison de naissance. Après l’accouchement, quand tout le monde est prêt, le couple, l’enfant et la sage-femme retournent au domicile. Dans ce parcours de soins, la sage-femme travaille en autonomie, « à côté ».
  • Si le travail ou l’accouchement ne sont plus à bas risque, ou si la patiente demande une analgésie péridurale par exemple, la patiente est transférée en salle de naissance conventionnelle, mais toujours avec sa sage-femme, qui travaille selon les protocoles de la maternité et devient une de « nos » sages-femmes. Elle accompagne la patiente et le couple comme un membre de notre équipe, même si l’accouchement est plus médicalisé, même en cas d’extraction instrumentale ou de césarienne. Dans ce scénario, la sage-femme ne passe jamais la main à une autre sage-femme, il n’y a pas de « transfert à une autre équipe » ou de rupture de suivi entre la sage-femme et la patiente/le couple.

 

Cela a demandé à chaque sage-femme qui est partenaire de ce projet d’avoir deux statuts possibles avec deux contrats, leur permettant de passer d’un système à l’autre, avec des types de rémunération différents dans les deux cas.

Les premières patientes sont attendues dans les prochains jours (mars 2026) et certaines commences à visiter les nouveaux locaux.

Nous allons expérimenter ce nouveau système, unique par ses locaux et son organisation. Nous allons découvrir ses surprises et ses pièges, mais nous travaillons avec les femmes et les couples au développement et à l’ouverture de nouvelles façons de répondre à ces demandes.

L’hôpital vit et évolue avec son temps. Notre projet combine certains avantages de l’AAD, de la maison de naissance, du plateau technique et de la salle de naissance conventionnelle.

L’attente est forte et nous écrivons peut-être un nouveau mode de fonctionnement pour nos maternités. Sans doute d’ailleurs l’un des exemples de collaboration ville-hôpital le plus abouti.

Une sorte de one-to-one à la française.

 

Références

  1. https://www.gyneco-online.com/node/2717
  2. https://ordre-sages-femmes.fr/wp-content/uploads/2015/10/HAS-Cahier-des-charges-maisons-de-naissance.pdf

 

Pédiatrie

Sexologie