Facteurs de risque de survenue de grossesse extra-utérine : revue systématique et méta-analys

La grossesse extra-utérine (GEU) correspond à l’implantation et au développement d’un œuf fécondé en dehors de l’utérus, la localisation la plus fréquente étant dans les trompes de Fallope.

Elle constitue une urgence gynécologique majeure, et demeure l’une des principales causes de morbidité et de mortalité maternelles au premier trimestre de la grossesse.

Sa prévalence est estimée à environ 2 % des grossesses, avec un risque significativement

accru chez les femmes avec antécédent de GEU ou de pathologies tubaires.

La majorité des GEU tubaires se présentent de manière subaiguë avec des symptômes non

spécifiques, exposant à un risque de retard diagnostique pouvant conduire à des

complications graves, comme l’hémopéritoine avec choc hémorragique. Les progrès diagnostiques, notamment l’échographie transvaginale et le dosage de la bêta-gonadotrophine chorionique humaine (β-hCG), ont toutefois permis un diagnostic plus précoce favorisant ainsi les traitements conservateurs.

L’objectif de l’étude présentée ici est d’identifier les facteurs de risque de GEU permettant un diagnostic précoce, une prise en charge spécifique et une plus grande vigilance dès le début de grossesse chez les femmes à risque.

 

Les auteurs ont conduit une revue systématique avec méta-analyse conformément aux

recommandations PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses) enregistrée sur la plateforme PROSPERO. Les bases de

données MEDLINE/PubMed, LILACS, Cochrane Library et Virtual Health Library ont été

interrogées pour identifier des études observationnelles publiées en anglais ou en portugais

depuis l’an 2000.

Les études incluses étaient exclusivement des études cas-témoins évaluant les facteurs de

risque de GEU. Les articles présentant une méthodologie non définie, des résumés seuls ou

des publications antérieures à 2000 ont été exclues.

Au total, onze études ont été retenues après sélection. Ces dernières ont été publiées entre 2003 et 2019, et regroupent 25 051 femmes, dont 9090 cas de GEU et 15 961 témoins avec grossesse intra-utérine.

Seize facteurs de risque potentiels ont été analysés. Les méta-analyses ont été réalisées à

l’aide du logiciel RevMan 5.3, avec calcul des odds ratios (OR) ajustés et des intervalles de

confiance à 95 %. L’hétérogénéité a été évaluée par le test I2.

 

Parmi les facteurs identifiés comme majeurs dans la survenue d’une grossesse extra-utérine

figurent : les antécédents personnels de grossesse extra-utérine (OR 9,03 ; IC 95 % :

7,18–11,35 ; I2 = 67 %), de maladie inflammatoire pelvienne (OR 4,00 ; IC 95 % :

3,46–4,61 ; I2 = 0 %), d’infertilité (OR 3,70 ; IC 95 % : 3,23–4,23 ; I2 = 48 %), les

antécédents de chirurgies abdominales et pelviennes (OR 5,60 ; IC 95 % : 4,83–6,49 ; I2

= 81 %) ainsi que la ligature tubaire antérieure (OR 5,59 ; IC 95 % : 2,49–12,55 ; I2 = 0%).

L’âge maternel avancé est associé à une augmentation progressive du risque, notamment

chez les femmes âgées de 30–34 ans (OR = 1,13) et surtout ≥ 40 ans (OR = 1,46).

 Le tabagisme double approximativement le risque de GEU (OR = 2,00), probablement via des mécanismes affectant la motilité tubaire.

Les antécédents de fausse couche spontanée (OR 1,34; IC 95 % : 1,23–1,46 ; I2 = 92 %) ou d’IVG (OR 2,00; IC 95 % : 1,70–2,36 ; I2 = 89 %) , le nombre de partenaires sexuels supérieur à un (OR 1,26 ; IC 95 % : 1,08–1,48 ; I2 = 89 %). et le statut marital célibataire OR 1,19 ; IC 95 % :1,03–1,37 ; I2 = 88 %) sont associés à un risque légèrement accru.

Cependant, tous ces résultats doivent être interprétés avec prudence en raison d’une forte

hétérogénéité entre ces études.

Concernant la contraception, l’utilisation antérieure d’un dispositif intra-utérin (OR 2,32 ; IC 95 % : 2,05–2,62 ; I2 = 92 %) et de la contraception d’urgence (OR 1,11 ; IC 95 % :

1,00–1,24 ; I2 = 93 % est associée à une augmentation modérée du risque, tandis que

l’usage des contraceptifs oraux combinés apparaît comme un facteur protecteur (OR =

0,77). L’utilisation du préservatif (OR 0,93 ; IC 95 % : 0,83–1,05 ; I2 = 83 %) était la seule variable ne présentant pas d’association statistiquement significative avec la survenue d’une

grossesse extra-utérine (GEU).

 

Les études analysées confirment que l’antécédent de grossesse extra-utérine (GEU) est le facteur de risque le plus important de survenue d’un nouvel épisode, avec un risque multiplié de 5 à 10, augmentant avec le nombre d’événements antérieurs. Cette association s’explique notamment par les lésions tubaires persistantes, les traitements chirurgicaux et l’infertilité secondaire.

L’infertilité tubaire et le recours aux techniques d’assistance médicale à la procréation, en particulier la fécondation in vitro, sont également associés à une augmentation significative du risque de GEU.

Les antécédents de chirurgie abdominale ou pelvienne, ainsi que la ligature tubaire, constituent des facteurs de risque majeurs, en particulier en cas d’échec.

L’âge maternel avancé, surtout au-delà de 33 ans, et le tabagisme sont fréquemment associés à une augmentation du risque, probablement via des mécanismes affectant la motilité tubaire, l’environnement tubaire et l’immunité.

Certains facteurs sociodémographiques et comportementaux, comme le statut marital célibataire et le nombre élevé de partenaires sexuels, sont associés à une augmentation modérée du risque, bien que ces associations soient affaiblies par une forte hétérogénéité et souvent liées indirectement au risque d’infections pelviennes.

Les antécédents d’IVG ou de fausse couche montrent une association variable mais globalement modérée, surtout lorsqu’ils sont répétés. L’utilisation antérieure de la contraception d’urgence et du dispositif intra-utérin est également associée à un risque accru dans plusieurs études, bien que les données restent contradictoires.

À l’inverse, l’utilisation du préservatif ne semble pas augmenter le risque de GEU et pourrait avoir un effet protecteur indirect, tandis que les contraceptifs oraux apparaissent de manière cohérente comme protecteurs.

Malgré une qualité méthodologique globalement satisfaisante, l’hétérogénéité élevée entre les études limite l’interprétation de certaines associations. Néanmoins, cette revue systématique avec méta-analyse constitue une synthèse actualisée majeure des facteurs de risque de GEU et souligne l’importance du dépistage ciblé des femmes à risque afin de favoriser un diagnostic précoce, des traitements plus conservateurs et une amélioration du pronostic maternel.

 

Ana Carolina Sarmento Brim, Victor Rivera Duran Barretto, José Guilherme,  Reis-Oliveira Renata, Balthazar da Silveira de Araújo, Ana Célia Diniz Cabral Barbosa Romeo. Risk factors for ectopic pregnancy occurrence: Systematic review and meta-analysis. Int J Gynecol Obstet. 2025;168:919–932.  DOI: 10.1002/ijgo.15965

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