Les agonistes dopaminergiques représentent le premier traitement des micro- ou macroprolactinomes. Leur efficacité est excellente en normalisant le taux de prolactine, en restaurant la fonction gonadique et en diminuant le volume tumoral. L’effet des estrogènes, et surtout de la déprivation estrogénique, sur les cellules lactotropes tumorales et non tumorales est complexe et non complètement élucidée. Cependant, les estrogènes augmentent la synthèse de prolactine et la sécrétion dans des cellules normales lactotropes notamment pendant la grossesse et plus modérément chez les femmes utilisant une contraception estroprogestative.
La ménopause est habituellement considérée comme bénéfique sur l’histoire naturelle d’un prolactinome préexistant. Il existe cependant peu d’études évaluant l’évolution des adénomes après arrêt du traitement médical.
Une équipe franco-belge vient de publier dans la prestigieuse revue JCEM les résultats de leur étude qui étudiait les prolactinémies et le volume tumoral au sein d’une cohorte de femmes ménopausées après l’arrêt du traitement par un agoniste dopaminergique.
99 femmes ménopausées traitées pour un prolactinome ont pu ainsi être suivies. La moyenne d’âge au diagnostic de l’adénome était de 37,9 +/- 8,1 ans avec une prolactinémie initiale à 7 fois la normale et une taille tumorale moyenne de 8,1 +/- 4,5 mm. Dans 67 cas il s’agissait de microadénomes (<10mm) et dans 32 cas de macroadénomes. L’intervalle entre la découverte de l’adénome et le diagnostic de ménopause était de 12,2 ans. Les patientes étaient alors traitées par un agoniste dopaminergique pour leur pathologie, principalement la cabergoline (n=66/99).
La ménopause est survenue en moyenne à l’âge de 50,7 +/- 3,4 ans. 70 % des patientes avaient alors une prolactinémie normalisée grâce à de petites posologies de cabergoline (0,5 mg/semaine). Un traitement hormonal de la ménopause (THM) avait été initié chez 24 % des patientes.
L’agoniste dopaminergique avait été interrompu chez 56 femmes, en moyenne 22 mois après le début de la ménopause pour 42 microadénomes et 14 macroadénomes lors du diagnostic. Les critères autorisant l’arrêt du traitement étaient relativement stricts : avoir une prolactinémie normale au moins depuis 2 ans sous traitement à faible posologie et une diminution du volume tumoral de 50% pour les tumeurs de plus de 5 mm et une stabilité pour les plus petits adénomes.
Après un suivi moyen de 29 mois, 15 patientes (27 %) ont développé une récidive après une moyenne de 5 mois alors que les 41 autres femmes (73 %) restaient en rémission. Le taux de récurrence était identique chez les femmes initialement diagnostiquées avec un macroprolactinome (3/14) et celles avec un microadénome (12/42).
Evolution après l’arrêt des agonistes dopaminergiques :
- Les récidives étaient détectées majoritairement la première année après l’arrêt du traitement
- Il n’était pas retrouvé de différence selon l’âge au diagnostic de l’adénome, la notion de chirurgie ou de grossesse antérieure, le taux de prolactine, la taille tumorale au diagnostic, et les tentatives d’arrêt des traitements antérieurs
- Seuls deux paramètres protecteurs apparaissaient : une durée plus prolongée de traitement ainsi qu’un plus long délai entre la ménopause et l’interruption du traitement
- La prolactinémie mesurée à 3 ou 6 mois après l’arrêt du traitement était significativement prédictive de la récidive
- La prolactine restait cependant le plus souvent inférieure à 60 ng/ml la première année après l’arrêt thérapeutique et restait stable par la suite
- Une I.R.M. hypophysaire était pratiquée en cas de récidive de l’hyperprolactinémie ou à la demande de la patiente
- Le traitement par agoniste était réinitialisé en cas d’élévation importante de la prolactine (>100 ng/ml), de survenue de mastodynies, de crainte d’une invasion des structures adjacentes (proximité avec le sinus caverneux) ou si la patiente le demandait
- La probabilité de rémission à 5 ans était estimée à 66 % parmi les femmes qui avaient repris leur traitement
- Le THM de ménopause n’avait pas d’influence sur le taux de récidive
Evolution chez les femmes ménopausées continuant le traitement
- Une diminution du taux de prolactine était observée par rapport aux taux préménopausiques : de 18 ng/ml avant la ménopause à 9,8 entre 3 et 6 mois après
- Une réduction du volume tumoral à 24 mois était également notée de 16,5 mm2 à 8,2 mm2. Cette réduction restait significative qu’il s’agisse d’un macro- ou d’un microadénome.
La ménopause semble donc être une excellente période pour proposer une interruption du traitement du prolactinome, en particulier si le taux de prolactine est normal sous cabergoline ( ou équivalent) depuis au moins deux ans à la dose de 0,5 mg/semaine avec un faible volume tumoral résiduel.
Cet article semble donc confirmer que :
- la ménopause a un effet bénéfique sur l’évolution des prolactinomes diagnostiqués antérieurement
- chez les femmes qui continuent le traitement après la ménopause : il est observé une diminution significative et durable des taux de prolactine et du volume tumoral
- chez celles qui arrêtent le traitement : 70% restent en rémission prolongée clinique et biologique
- les cas de récidives surviennent habituellement rapidement après l’arrêt et restent le plus souvent modestes et asymptomatiques ne nécessitant pas toujours la reprise du traitement
- le seul facteur prédictif de récidive est la prolactinémie mesurée entre 3 et 6 mois après l’arrêt
- le THM ne modifie pas l’évolution des prolactinomes et peut donc être proposé
Constantinescu SM, Nava CM, Chasseloup F, Alexopoulou O, Chanson P, Maiter D. Menopause Has a Beneficial Influence on the Evolution of Prolactinomas. A Study of 99 Patients. J Clin Endocrinol Metab. 2025 Oct 16;110(11):e3701-e3708. doi: 10.1210/clinem/dgaf152. PMID: 40052439.
