Le recours à la contraception d’urgence ne cesse d’augmenter probablement en partie du fait du désintérêt croissant pour les hormones en général. Elle peut faire appel à différentes méthodes : hormonale ou mécanique. Cette dernière consiste en l’insertion d’un dispositif intra-utérin au cuivre dans les 5 jours qui suivent le rapport à risque ; elle a l’avantage d’assurer une contraception ultérieure de longue durée d’action. L’autre méthode est hormonale et fait appel soit à un progestatif, le lévonorgestrel, dans les 72 h soit à un modulateur sélectif du récepteur de la progestérone, l’acétate d’ulipristal (AU). L’AU a l’avantage de pouvoir être administré jusqu’à 5 jours après le rapport à risque. Son mécanisme d’action passe principalement par un décalage de l’ovulation, qui est donc retardée, mais ne permet pas de prévenir une grossesse plus tard dans le même cycle. Il est donc essentiel d’envisager immédiatement une contraception ultérieure. De part son mécanisme d’action, il faut se méfier d’une interaction médicamenteuse avec le composant progestatif des contraceptions hormonales (progestative pure ou combinée). Du fait de ses propriétés anti-progestéroniques, démarrer ou poursuivre une contraception hormonale immédiatement après l’AU pourrait éventuellement soit empêcher sa possibilité de décaler l’ovulation soit diminuer l’efficacité de la contraception hormonale pour des rapports ultérieurs dans le même cycle
Une revue systématique vient d’être publiée afin de déterminer si l’utilisation d’une contraception hormonale juste après l’AU diminuait l’efficacité d’une des deux thérapeutiques. Les auteurs ont ainsi recherché les études jusqu’en 2022, permettant d’analyser ce double risque. Seulement 4 études de bonne qualité ont été sélectionnées pour leur faible risque de biais avec cependant de petits effectifs et des données basées sur l’activité ovarienne et non pas le taux de grossesses. Les principales contraceptions hormonales utilisées étaient une contraception combinée (contenant 30 µg d’EE et 150 µg de lévonorgestrel) ou une contraception progestative contenant du désogestrel.
Deux études concernaient l’efficacité d’une pilule après utilisation de l’AU ou d’un placebo : aucune différence d’efficacité contraceptive n’a pu être mise en évidence. L’AU n’altère donc pas l’efficacité contraceptive d’une pilule débutée immédiatement.
Deux autres études ont cherché à voir si l’utilisation d’une pilule diminuait l’aptitude de l’AU à décaler l’ovulation : ces deux autres études ont observé un plus grand taux d’ovulations quand l’AU était suivi immédiatement de contraception orale par rapport à un décalage d’utilisation de la contraception orale ou pas de contraception orale.
Enfin, une étude a examiné en plus le risque d’ovulation quand l’AU avait été pris après oubli de la pilule selon que la pilule soit reprise immédiatement ou plus tardivement : il n’y a pas eu d’ovulation pendant les cinq jours après l’AU mais plus de risque d’ovulations au-delà des 5 jours dans le cas où la contraception était décalée par rapport à une contraception immédiate.
L’AU ne semble donc pas diminuer l’efficacité de contraceptions hormonales débutées immédiatement mais on constate alors un moindre pourcentage de décalages d’ovulation induite par l’AU. Les auteurs signalaient toutefois que les preuves étaient très faibles à modérées.
En résumé, si une femme utilise l’AU :
- décaler la prise d’une contraception hormonale pourrait permettre une meilleure efficacité de la contraception d’urgence mais une moindre efficacité de la contraception hormonale ultérieure
- conseiller donc d’attendre 5 à 6 jours avant de débuter une contraception hormonale après AU pour bénéficier de la pleine efficacité de la contraception d’urgence
- nécessité donc d’y associer une méthode barrière durant ce délai voire au-delà comme le recommande l’HAS (minimum 7 jours de préservatifs après AU voire jusqu’aux règles).
Snyder EM, Curtis KM, Nguyen AT et al. Hormonal contraception after use of ulipristal acetate as emergency contraception : a systematic review. Contraception. 2025 Apr 3 :110898. doi :10.1016/j.contraception.2025.110898. Epub ahead of print. PMID : 40187719 ; PMCID : PMC12246820
