Linear association between endometrial thickness and live birth in single blastocyst transfers: A dual-center retrospective cohort study

Auteur : Lidan Liu et al
Revue : Acta Obstétricia Gynecologica Scandinavica

INTRODUCTION

La Fécondation In Vitro a révolutionné le traitement de l’infertilité donnant espoir à des millions de couples au travers le monde. Les progrès réalisés ont permis ont permis d’améliorer grandement les chances de grossesse, mais les taux mondiaux de grossesses vivantes par tentative restent d’environ 30 à 40 %, soulignant le besoin d’optimiser les stratégies. L’épaisseur de l’endomètre, classiquement utilisée comme marqueur de la réceptivité endométriale, joue un rôle essentiel dans l’implantation embryonnaire et le développement précoce de la grossesse, reflétant l’état fonctionnel, la capacité à soutenir l’embryon et à permettre la formation du placenta. Les données suggèrent qu'un endomètre suffisamment épais offre un environnement favorable à l'implantation, tandis qu'un endomètre fin (<7 mm) est souvent associé à des taux d'implantation plus faibles et des issues de grossesse moins favorables. À l'inverse, un endomètre trop épais (>14 mm) est également associé à des résultats sous-optimaux.

Il est donc essentiel d’optimiser la préparation endométriale qui est un levier concret pour transformer une grossesse clinique en naissance d’un enfant vivant.

L’étude présentée proviennent d’une cohorte rétrospective bi-centrique, et apporte des informations sur un point longtemps débattu: la relation entre l’épaisseur de l’endomètre et les chances d’accoucher d’un enfant vivant dans le contexte du transfert unique de blastocyste vitrifié.

 

MATERIELS ET MÉTHODES

L’analyse a inclus 3375 transferts réalisés entre 2016 et 2022 dans deux centres, avec la particularité de se concentrer sur des transferts uniques de blastocystes vitrifié-décongelés. Ce choix n’est pas anodin: il réduit l’hétérogénéité liée à la qualité embryonnaire et aux variations hormonales des cycles frais, offrant un environnement plus “contrôlé” pour évaluer l’endomètre. L’issue primaire était la naissance vivante, définie à partir de 28 semaines de gestation(les grossesses gémellaires étaient comptées pour une naissance).

L’épaisseur endométriale a été étudiée à la fois en continu et en catégories: <7 mm, 7–8,8 mm, 8,8–10,0 mm et >10,0 mm. La préparation endométriale suivait quatre approches adaptées au profil des patientes: cycle naturel avec déclenchement par hCG et support lutéal, stimulation douce par hMG en cas de développement folliculaire insuffisant, traitement substitutif par estradiol puis ajout de progestérone, et enfin protocole agoniste de la GnRH suivi d’un traitement substitutif. Au laboratoire, les blastocystes étaient évalués selon Gardner (≥3BB considéré “bon”), vitrifiés après éclosion assistée, puis réchauffés avec évaluation de la ré-expansion à deux heures. Tous les transferts ont été guidés par échographie abdominale.

 

RÉSULTATS

Le taux global de naissance vivante dans la cohorte était de 37,3%. Mais ce taux variait nettement selon l’épaisseur endométriale.

  • Epaisseur de l’endomètre <7 mm, le taux n’était que de 18,0%.
  • Epaisseur de l’endomètre  comprise entre 7 et 8,8 mm, il montait à 34,8%;
  • Epaisseur de l’endomètre  comprise entre entre 8,8 et 10,0 mm, à 37,9%;
  • Epaisseur de l’endomètre  supérieur  10,0 mm, à 40,0%.

Si on modélise l’épaisseur comme variable continue, chaque millimètre supplémentaire s’accompagne d’une hausse de 7% de la probabilité de naissance vivante (OR 1,07; IC95% 1,03–1,11; p=0,001). Cette association demeure après ajustements progressifs, y compris pour l’âge maternel, l’IMC, la qualité du blastocyste, le protocole endométrial et d’autres facteurs cliniques (OR 1,05; IC95% 1,01–1,10; p=0,023).

En catégories, par rapport au groupe <7 mm, les probabilités de naissance vivante sont significativement plus élevées dès 7–8,8 mm (OR ajusté 1,91), atteignent un maximum marqué entre 8,8 et 10 mm (OR ajusté 2,20), et restent élevées au-delà de 10 mm (OR ajusté 2,32), avec un plateau passé le cap des 10 mm.

Les analyses par courbes confirment une relation positive essentiellement linéaire, et surtout stable malgré les ajustements. Cette association ne varie pas de façon significative selon l’âge, la gestité, les profils hormonaux de base, l’IMC, la qualité du blastocyste ou le type de préparation endométriale.

 

CONCLUSION

Des travaux antérieurs ont tour à tour décrit une relation linéaire, ou au contraire suggéré des seuils et des effets plateau, avec des coupes arbitraires (<6, <7, <8 mm) qui compliquaient la prise de décision. Les cycles frais, exposés aux effets de la stimulation ovarienne, compliquaient parfois l’analyse. Dans cette étude, les transferts de blastocystes vitrifiés-décongelés et la standardisation clarifient le message: plus l’endomètre s’épaissit, meilleures sont les chances, avec un bénéfice maximal autour de 10 mm. Cela confirme que l’épaisseur endométriale est un marqueur pertinent de réceptivité et un facteur prédictif de naissance vivante en AMP.

Cependant, il existe des limites à cette étude : le caractère rétrospectif et bi centrique, des facteurs non mesurés comme  certains aspects morphologiques de l’endomètre ou la présence d’anomalies utérines qui  n’ont pas été explorées de façon approfondie.

Par ailleurs, seules les naissances vivantes étaient considérées: des résultats intermédiaires comme le taux d’implantation, ou de grossesse biochimique ou le risque de fausse couche n’ont pas été analysées.

Enfin, une même patiente pouvait contribuer sur plusieurs cycles, ce qui reflète la vraie vie en pratique mais complique l’indépendance statistique. Malgré cela, la cohérence des résultats après ajustements et à travers les sous-groupes renforce l’interprétation clinique.

Il est donc primordial de monitorer de près l’épaisseur endométriale au cours de la préparation pour un transfert d’embryon congelé: c’est un paramètre prédictif de la naissance vivante. Toutes les stratégies de préparation endométriale utilisées ici ont permis d’aboutir à des transferts quand l’endomètre était jugé adéquat; le choix peut donc rester individualisé, en visant un endomètre dans la zone de 9–10 mm. Enfin, au-delà de 10 mm, l’effet bénéfique tend à plafonner: une fois ce cap atteint, le gain supplémentaire semble limité selon ces données, ce qui peut aider à temporiser les attentes et la logistique du calendrier.

Cette étude conforte l’épaisseur endométriale comme un pilier de la décision pour un transfert d’embryon congelé et justifie de futures recherches pour optimiser les stratégies de préparation.

Penser l’endomètre comme le “tapis d’accueil” de l’embryon n’est pas qu’une métaphore parlante: c’est un indicateur mesurable, actionnable et directement lié à l’objectif ultime des patientes : une naissance vivante. Ces données donnent une cible pragmatique et une boussole pour affiner les pratiques en transfert de blastocyste vitrifié.

 

Image retirée.COMMENTAIRE DU RÉDACTEUR

Plus l’endomètre s’épaissit, meilleures sont les chances

L’épaisseur endométriale est positivement et linéairement associée à une naissance vivante en transfert unique de blastocyste vitrifié-décongelé et chaque millimètre compte avec un OR d’environ 1,07 par mm.

Les meilleurs gains cliniques se situent autour de 8,8 à 10 mm, avec un plateau observé au dessus de 10 mm.

Les résultats sont robustes et cohérents quels que soient l’âge, l’IMC, la qualité embryonnaire ou le protocole de préparation.

Un endomètre très fin (<7 mm) est associé au plus faible taux de naissance vivante dans cette cohorte (18%), soulignant l’importance d’atteindre une épaisseur suffisante avant transfert.

Ill reste cependant le problème des patientes qui malgré tous les traitements de préparation gardent un endomètre fin…

 

Pédiatrie

Sexologie