Risques de cancers génitaux chez les patientes traitées en Assistance Médicale à la Procréation

RISKS OF OVARIAN, BREAST, AND CORPUS UTERI CANCER IN WOMEN TREATED WITH ASSISTED REPRODUCTIVE TECHNOLOGY IN GREAT BRITAIN 1991-2010 : DATA LINKAGE STUDY INCLUDING
2.2 MILLION PERSON YEARS OF OBSERVATION

 

Carrie L. WILLIAMS, Michael E. Jones, Anthony J. SWERDLOW, Beverley J. BOTTING, Melanie C. DAVIES, Ian JACOBS, Kathryn J. BUNCH, Michael F.G. MURPHY,

Alastair G. SUTCLIFFE / BMJ 2018 – 362:k2644

Carrie L. WILLIAMS et Coll. analysent les risques de survenue des cancers de l’ovaire, du sein et de l’utérus chez des femmes traitées pour infertilité et ayant bénéficié d’une induction d’ovulation dans le cadre d’une Assistance Médicale à la Procréation (AMP) et de Fécondation In Vitro (FIV).

Cette étude a été menée chez 2,2 millions de patientes en Grande Bretagne, dont les dossiers ont été rapportés dans le registre de la HFEA (Human Fertilisation and Embryology Authority) et a nécessité une coopération entre plusieurs départements en Grande Bretagne et en Australie.

Données connues à ce jour :
- Les cycles d’induction d’ovulation en AMP exposent à des doses élevées d’oestradiol plasmatique, de gonadotrophines exogènes, de ponctions ovariennes répétées pouvant être potentiellement à risque cancérigène.

- CANCERS DU SEIN : en dehors de certaines études, la plupart des données dans la bibliographie n’ont pas retrouvé d’augmentation de cancers du sein chez les femmes traitées en AMP.

Néanmoins, certains articles retrouvent une augmentation de risques mammaires dans certains sous-groupes de patientes traitées à un âge jeune ou ayant subi des cycles répétés d’induction d’ovulation.

- En ce qui concerne les CANCERS DE L’ENDOMETRE, les études épidémiologiques donnent des résultats inconsistants, mais n’ont pas semblé, à ce jour, montrer de risques augmentés.

- En ce qui concerne les CANCERS DE L’OVAIRE, certaines études épidémiologiques ont montré une augmentation du risque de tumeur « borderline » de l’ovaire, avec des résultats contradictoires en fonction des séries.

Résultats :
Caractéristiques de l’étude : au total, 255.786 patientes ont été inclues dans l’étude, ont été traitées par Assistance Médicale à la Procréation après induction d’ovulation, le registre comparatif était de 2.257.789 patientes : les données du HFEA ont été croisées avec le Registre de Cancers de Grande Bretagne.

Le suivi moyen a été de 8,8 années.

L’âge moyen des patientes lors d’un premier traitement était de 34,5 ans.

Les causes de l’infertilité ont été, dans 44 % des cas, un facteur féminin incluant une endométriose, des causes ovulatoires avec, de façon prédominante, un syndrome des ovaires polykystiques et des facteurs anatomiques d’ordre tubaire.

L’infertilité inexpliquée était en cause dans 19 % des cas et dans 33 % des cas, on retrouvait un facteur masculin.

La durée moyenne d’infertilité retrouvée était de 4,9 années.

Le nombre moyen de cycles de stimulation ovarienne dans la population étudiée était de 1,8 et 20 % des patientes ont subi plus de deux cycles de stimulation ovarienne.

Cancers du sein :
L’étude ne retrouve pas d’augmentation du risque de cancer du sein (2.598 cas observés / 2.641 cas attendus).

Les auteurs ne retrouvent pas non plus d’augmentation de risques, quels que soient les groupes de patientes, qu’il s’agisse d’un premier traitement, de la durée de l’infertilité, du nombre de cycles stimulés et du nombre de grossesses et accouchements obtenus.

Le risque de survenue de cancer invasif du sein n’est pas mis en évidence, néanmoins les auteurs retrouvent une augmentation modérée du risque de cancer in situ (291 cancers in situ observés / 253 cancers in situ attendus).

Cancers du corps utérin :
Le risque de cancer de l’endomètre n’est pas augmenté de façon significative  en dehors d’un facteur lié avec la parité (les auteurs retrouvent une augmentation du risque de cancer utérin lorsque la parité est faible).

On ne retrouve pas d’augmentation de ce risque en fonction du nombre de cycles traités, de l’âge des patientes lors d’un premier traitement, ou de la durée du traitement.

Les auteurs retrouvent une augmentation significative du risque de tumeur de l’ovaire dans la publication étudiée, avec une augmentation de risque de 5 cas pour 100.000 femmes.

Cette augmentation de risque est retrouvée, quels que soient les sous-groupes étudiés, âge des patientes, premier traitement, mais il existe, de façon notable, une augmentation de risque de tumeur de l’ovaire lorsque le premier traitement est réalisé à un âge plus avancé.

Les auteurs notent également comme facteur de risque supplémentaire, l’endométriose, mais ne retrouvent cette augmentation de risque lorsque l’infertilité est liée à un facteur masculin ou idiopathique.

La durée d’infertilité ne semble pas être en jeu dans la survenue du risque.

L’analyse statistique retrouve une augmentation de risque : 264 cas observés / 188 attendus.

Tumeur invasive de l’ovaire :
Sur le plan histologique, près du tiers des tumeurs invasives correspondaient à des tumeurs séreuses, 25 % de tumeurs étaient endométrioïdes, 8 % de type mucineux, 17 % étaient épithéliales ou, pour le reste, non spécifiées.

Le risque était, de façon significative, plus élevé chez les patientes présentant, comme cause d’infertilité, un facteur ovarien notamment endométriosique.

La survenue de tumeurs « borderline » de l’ovaire était augmentée de façon significative, sans que ce risque soit modifié en fonction des facteurs du nombre de cycles de traitement, de durée d’infertilité, ou de parité.

Dans la survenue des tumeurs de l’ovaire, qu’il s’agisse de cancers ou de tumeurs « borderline », la notion de nulliparité reste un facteur déterminant.

Conclusion :
Les données de cette étude épidémiologique très large, basée sur les éléments cliniques des patientes traitées en Grande Bretagne entre 1991 et 2010 par AMP, n’ont pas montré d’augmentation significative du risque de cancer du sein ou de cancer de l’utérus.

L’étude a montré une augmentation du risque de cancer in situ du sein associé avec un facteur d’augmentation du nombre de cycles traités.

Les auteurs retrouvent également une augmentation significative du risque de cancer de l’ovaire, sans qu’ils puissent déterminer de façon exacte si ce risque est lié au traitement lui-même d’induction d’ovulation ou aux caractéristiques de la population étudiée, des biais de surveillance pouvant également être incriminés.

Les auteurs concluent néanmoins à une nécessité d’information des couples et de surveillance spécifique chez les femmes traitées en Assistance Médicale à la Procréation.

 
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