Wu et al. viennent de publier dans le BMJ (1) une étude de cohorte évaluant l’effet de l’âge à la vaccination par le Gardasil nonavalent pour la prévention des cancers du col, et son efficacité sur le long terme.
Les auteurs se sont basés sur une cohorte de 926 362 femmes ayant résidé en Suède entre 2006 et 2023. Ils les ont séparées en plusieurs groupes : femmes nées entre 1985 et 1988 (cohorte opportuniste), entre 1989 et 1992 (cohorte subventionnée), entre 1993 et 1998 (cohorte de rattrapage) ou entre 1999 et 2001 (cohorte scolaire). Les rapports de taux d’incidence du cancer du col de l’utérus chez les femmes vaccinées par rapport aux femmes non vaccinées ont été ajustés sur l’âge, le temps calendaire, les facteurs sociodémographiques et les antécédents médicaux.
Au cours du suivi, 365 502 (39,5 %) femmes ont reçu au moins une dose du vaccin. Au total, 930 cas de cancer du col de l’utérus invasif ont été identifiés, dont 97 chez des personnes vaccinées et 833 chez des personnes non vaccinées. Parmi les femmes vaccinées avant 17 ans, le rapport de taux d’incidence de cancer du col, comparé au groupe non vacciné, était de 0,21 (IC95 % : 0,13 à 0,32), avec une protection maintenue pendant 13 à 15 ans après la vaccination (rapport de taux d’incidence : 0,23, IC95% : 0,11 à 0,46). Pour les personnes vaccinées à 17 ans ou plus, le rapport de taux d’incidence de cancer du col était de 0,63 (IC 95 % : 0,49 à 0,81) par rapport au groupe non vacciné, avec des réductions significatives de l’incidence observées entre 10 et 12 ans (rapport de taux d’incidence : 0,54, IC95% : 0,33 à 0,86) et entre 13 et 15 ans (rapport de taux d’incidence : 0,23, IC95% : 0,08 à 0,60) après la vaccination.
Comparée à la cohorte opportuniste, la cohorte scolaire présentait un risque de cancer du col de l’utérus inférieur de 72 % (IC 95 % : 11 % à 91 %) après ajustement des covariables (rapport de taux d’incidence : 0,28, IC 95 % : 0,09 à 0,89).
Au final, les auteurs concluent que la réduction du risque de cancer du col de l’utérus après vaccination quadrivalente contre le HPV persiste sur le long terme. Par ailleurs, les femmes ayant eu une vaccination jeune sont d’autant mieux protégées que celles ayant bénéficié d’une vaccination plus tardivement.
Ces données sur le bénéfice de la vaccination à un jeune âge viennent conforter les résultats de plusieurs autres essais plus anciens menés dans différents pays. On peut citer le cas particulier du Royaume-Uni qui a débuté une campagne de vaccination contre l’HPV en 2008, concernant les jeunes filles de 12 à 13 ans, avec un rattrapage possible entre 14 et 18 ans. En novembre 2021, soit 13 ans plus tard, Falcaro et al. ont publié dans le Lancet (2) les conséquences de cette vaccination en termes de réduction des cancers invasifs et des CIN3. Les données extraites concernent les jeunes femmes âgées de 20 à 30 ans sur « 13,7 millions » d’années de suivi. La réduction des cancers invasifs est de : 34 %, 62% et 87%, pour les filles vaccinées respectivement entre 16-18ans, 14-16 ans et 12-13 ans. Une autre étude, suédoise parue en 2020 dans le New England Journal of Medicine (3), et concernant les données de 1,7 millions de patientes suivies entre 2006 et 2017, a démontré que le vaccin contre l’HPV avait permis de réduire de 88% le risque de cancer lorsqu’il était fait avant l’âge de 17 ans, et de 53% lorsqu’il était fait après 17 ans.
En conclusion, il est important de diffuser les recommandations concernant la vaccination contre l’HPV de tous les garçons et de toutes les filles âgées de 11 à 14 ans révolus, avec un rattrapage possible jusqu’à 26 ans. On recommandera toutefois d’insister sur l’importance de débuter cette vaccination à un âge le plus jeune possible afin de bénéficier au maximum de l’effet du vaccin sur le long terme.
Biblio :
- (1) Wu S, Deng Y, Lepp T, Ask LS, Sparen P, Clements M, Dillner J, Lei J. Extended follow-up of invasive cervical cancer risk after quadrivalent HPV vaccination: nationwide, register based study. BMJ. 2026 Feb 25;392:e087326. doi: 10.1136/bmj-2025-087326. PMID: 41740992; PMCID: PMC12934514.
- (2) Falcaro M, Castañon A, Ndlela B, Checchi M, Soldan K, Lopez-Bernal J, Elliss-Brookes L, Sasieni P. The effects of the national HPV vaccination programme in England, UK, on cervical cancer and grade 3 cervical intraepithelial neoplasia incidence: a register-based observational study. Lancet. 2021 Dec 4;398(10316):2084-2092.
- (3) Lei J, Ploner A, Elfström KM, Wang J, Roth A, Fang F, Sundström K, Dillner J, Sparén P. HPV Vaccination and the Risk of Invasive Cervical Cancer. N Engl J Med. 2020 Oct 1;383(14):1340-1348.
