Eriksen DO, Krog L, Ostenfeld EB, Jensen PT, Lycke KD, Grønborg TK, Wentzensen N, Clarke MA, Hammer A. Acta Obstet Gynecol Scand. 2026 Jan 2
Dans de nombreux pays la surveillance rapprochée tous les 6 mois des lésions de haut grade cervicale (ex-CIN2) est une option possible pour les patientes de moins de 30 ans, en cas de lésion peu étendue, avec une jonction bien vue. Parmi ces patientes surveillées, 18 à 33% vont progresser en CIN3 ou cancer au cours de cette surveillance. Les auteurs de cette étude danoise posent donc la question de l’intérêt, en cas de décision de surveillance d’une lésion de haut-grade cervicale CIN2, de la vaccination anti-HPV à but thérapeutique, afin de diminuer le risque de progression (1).
Dans cette étude la cohorte a été constituée à partir des registres nationaux de santé. Ont été inclues les femmes âgées de 18 à 40 ans, primo- diagnostiquées pour une lésion histologique de haut-grade CIN2 entre 2007 et 2020, et pour qui une surveillance active a été proposée (nouvel examen cyto et/ou histologique dans les 10 mois suivant). Les données ont été croisées avec celles du registre danois national de prescription et du registre national du service d’assurance maladie du Danemark, afin d’identifier les patientes vaccinées contre le HPV par au moins 1 dose (quel que soit le vaccin) dans les 6 mois suivant le diagnostic de CIN2. Les patientes vaccinées avant le diagnostic de CIN2 étaient exclues. Le critère de jugement principal était la survenue d’une progression en CIN3+ (CIN3, ADK IS, cancer).
Au total 4585 patiente ont été inclues, et suivies pendant une durée médiane de 5,8 ans (IQR 1,6-8,8). Parmi elles 583 (12,7%) ont été vaccinées (dont 91,3% avec 2 doses et 74,8% avec un schéma complet par 3 doses). De façon concordante aux données de la littérature 30,3% des patientes surveillées ont progressé en CIN3+. Il a été constaté un risque de CIN3+ un peu plus important dans le groupe des femmes vaccinées par rapport aux non vaccinées (risque cumulé de CIN3+ à 5 ans de 33,7% vs 29,3%). Après ajustement, les patientes vaccinées avaient ainsi un risque de progression plus important (aHR=1,45 [1,24-1,69]), particulièrement pour les patientes âgées de moins de 30 ans au diagnostic (aHR 1,58 [95% CI: 1.32–1.89]).
Ces résultats ne sont donc pas en faveur d’un effet thérapeutique du vaccin, pour favoriser la régression des lésions de haut grade CIN2. Le fait qu’il existe un risque majoré de progression dans le groupe vaccination s’explique probablement par l’absence de randomisation, et donc la décision individuelle par les médecins de recommander cette vaccination aux patientes surement jugées plus à risque (tabagisme, taille de la lésion, génotype, etc). Il s’agit donc d’interpréter ces résultats comme une absence d’efficacité de la vaccination dans cette indication, plutôt que comme un effet favorisant la progression des lésions.
Malgré des données manquantes (génotype, type de vaccin, timing de la vaccination, étendu des lésions, …), ainsi qu’une durée de suivi relativement courte, cette étude puise sa force dans une méthodologie plutôt robuste, se basant sur des registres nationaux, avec une inclusion quasi exhaustive des patientes surveillées pour une lésion CIN2 au Danemark sur 13 ans.
La même équipe Danoise avait récemment publié les données des patientes vaccinées au moins 1 an avant le diagnostic de CIN2, avec une méthodologie assez proche, et des données basées sur les mêmes registres nationaux (2). Cette fois-ci 7904 femmes avaient été inclues, dont près de la moitié avaient été vaccinée, et suivies pendant 28 mois. Le risque de progression en CIN3+ des femmes vaccinées avant 15 ans était diminué de 35% par rapport aux non vaccinées (aRR 0,65, IC95% 0,57-0,75). Le risque était diminué dans une moindre mesure pour les femmes vaccinées entre 15 et 20 ans (-14%), alors qu’il n’y avait plus de bénéfice évident lorsque la vaccination était réalisée après 20 ans.
Le vaccin contre le papillomavirus est efficace dans la prévention du cancer du col lorsqu’il est utilisé en prévention primaire, chez des personnes jeunes, dans une optique prophylactique et non thérapeutique. L’efficacité du vaccin utilisé à but thérapeutique ou adjuvant (après traitements de lésions de haut grade) n’est à l’heure actuelle pas démontrée et la vaccination contre le HPV dans ces indications ne doit pas être recommandée en routine (3-5).
- Eriksen DO, Krog L, Ostenfeld EB, Jensen PT, Lycke KD, Grønborg TK, Wentzensen N, Clarke MA, Hammer A. HPV vaccination following cervical intraepithelial neoplasia grade 2 diagnosis and risk of progression. Acta Obstet Gynecol Scand. 2026 Feb;105(2):377-385. doi: 10.1111/aogs.70128. Epub 2026 Jan 2. PMID: 41480949; PMCID: PMC12856700.
- 2- Krog L, Lycke KD, Kahlert J, Randrup TH, Jensen PT, Rositch AF, Hammer A. Risk of progression of cervical intraepithelial neoplasia grade 2 in human papillomavirus-vaccinated and unvaccinated women: a population-based cohort study. Am J Obstet Gynecol. 2024 Apr;230(4):430.e1-430.e11. doi: 10.1016/j.ajog.2023.11.1235. Epub 2023 Dec 30. PMID: 38569830.
- Cao Q, Hou Y, Wang C, Yin J. Effect of human papillomavirus (HPV) vaccination on HPV infection and recurrence of HPV related disease after local surgical treatment: A systematic review and meta-analysis. PLoS One. 2024 Dec 31;19(12):e0312128. doi: 10.1371/journal.pone.0312128. PMID: 39739895; PMCID: PMC11687797.
- Van de Laar R, Hofhuis W, Van Duijnhoven, Van Beekhuisen H. Adjuvant vaccination against HPV in surgical treatment of CIN lesions: Results of the vaccin-study, a randomised placebo-controlled trial (ID 2536) 2024.
- Maria Kyrgiou, Bjorn Strander, Bernard North, Joakim Dillner, the NOVEL Study Group, Pekka Nieminen, Peter Sasieni. NOVEL Trial: Nonavalent prophylactic HPV vaccine (GARDASIL9) after local treatment for cervical intra-epithelial neoplasia – a randomised controlled trial. ESGO Rome 2025
