Le cancer de l’ovaire reste l’un des cancers gynécologiques les plus graves, car souvent diagnostiqué à un stade avancé. Des preuves convergentes identifient la trompe de Fallope comme origine d’une grande partie des carcinomes séreux de haut grade, motivant la pratique de la salpingectomie opportuniste - c’est-à-dire l’ablation des trompes effectuée lors d’une autre chirurgie abdominale/pelvienne - comme stratégie préventive. L’European Society of Gynaecological Oncology (ESGO) a développé des recommandations consensuelles pour l’utilisation de cette procédure chez les femmes ne souhaitant plus préserver leur fertilité.
La base de données MEDLINE a été utilisée pour effectuer une revue de la littérature des études en anglais publiées entre le 1er janvier 2000 et le 1er mars 2025, évaluant la salpingectomie opportuniste pour la réduction du carcinome tubo-ovarien, les taux de complications, le temps chirurgical supplémentaire et l'impact sur la fonction ovarienne. Les déclarations ont ensuite été rédigées de manière collaborative sur la base de l'analyse documentaire et adaptées au cours d'un processus itératif lors de conférences téléphoniques permettant de recueillir des commentaires anonymes et non anonymes. Le vote anonyme était binaire (d'accord/pas d'accord) pour chaque déclaration potentielle. Les déclarations finales ont fait l'objet d'un consensus avec plus de 75 % d'accord.
De nombreuses revues systématiques et méta-analyses démontrent que la salpingectomie est associée à une réduction substantielle du risque de carcinome tubo-ovarien, bien que la plupart des données soient rétrospectives. La plus grande revue systématique a été publiée en 2023 par Kahn et al.10, qui a inclus 158 études avec différentes conceptions et a rapporté que la salpingectomie bilatérale pouvait réduire le risque de carcinome tubo-ovarien jusqu'à 80 % par rapport à l'absence de salpingectomie et pouvait réduire la mortalité par cancer de l'ovaire de 15 % aux États-Unis.
Une revue systématique et une méta-analyse publiées en 2025 par Tang et al11, ont montré une diminution du risque avec un OR à 0,48 ; IC à 95 %, 0,33-0,69 ; P < 0,001). Yoon et al.12 avaient publié une méta-analyse en 2016 comprenait une étude de cohorte et deux études cas-témoins basées rapporte un résultat similaire avec un OR à 0,51 ; IC à 95 %, 0,35-0,75 ; P < 0,001)
L'étude qui a fourni le plus grand nombre de patientes pour ces deux méta-analyses était une étude de cohorte nationale menée en Suède par Falconer et al. Une cohorte de 3 051 patientes avaient eu une salpingectomie opportuniste, versus une cohorte non exposée (n = 5 449 119), entre 1973 et 2009. Les auteurs rapportent un taux d’incidence du carcinome tubo-ovarien significativement plus faible dans le groupe avec salpingectomie (taux d'incidence calculé pour 100 000 personnes-années, respectivement 9,9 contre 25,3 ; OR 0,35 ; IC à 95 %, 0,17-0,73 ; P = 0,04).
Les données issues d'ECR et de revues systématiques indiquent que la salpingectomie opportuniste n'a pas d'effet négatif sur la réserve ovarienne à court terme. Dans un petit ECR mené par Asgari et al.15 en Iran entre 2013 et 2015, incluant 15 patientes ayant subi une hystérectomie avec salpingectomie bilatérale et 15 patientes ayant subi une hystérectomie sans salpingectomie, aucun changement significatif des taux d'AMH ou de FSH n'a été observé trois mois après l'hystérectomie laparoscopique avec ou sans salpingectomie opportuniste. Le taux moyen d'AMH postopératoire était de 1,13 (écart-type, 0,86) ng/dL dans le groupe ayant subi une salpingectomie, contre 0,97 (écart-type, 0,92) ng/dL dans le groupe n'ayant pas subi de salpingectomie (P = 0,62), et le taux moyen de FSH postopératoire était de 8,46 (écart-type, 2,18) mIU/mL dans le groupe ayant subi une salpingectomie, contre 8,8 (écart-type, 1,92) mIU/mL dans le groupe n'ayant pas subi de salpingectomie (P = 0,65) (LOE II).15 De même, un petit ECR pilote mené aux États-Unis par Findley et al,16 incluant 15 patientes ayant subi une hystérectomie avec salpingectomie bilatérale et 15 patientes ayant subi une hystérectomie seule, n'a révélé aucune différence significative dans les taux d'AMH 3 mois après l'opération entre les deux groupes (variation moyenne de l'AMH, −0,07 [SD, 0,90] ng/mL vs −0,08 [SD, 1,45] ng/mL, respectivement ; P = 0,98) (LOE II). Une analyse groupée réalisée en 2017 par Mohamed et al.17 a inclus le petit ECR de Findley et al.16, 1 ECR supplémentaire, 3 études de cohorte prospectives et 1 étude de cohorte rétrospective. Ces auteurs n'ont constaté aucune différence statistiquement significative. Ces auteurs n'ont constaté aucune réduction statistiquement significative des taux d'AMH après une salpingectomie bilatérale (n = 383) par rapport aux taux d'AMH avant la salpingectomie (n = 464) (différence moyenne pondérée, −0,10 ng/mL ; IC à 95 %, −0,19 à 0,00 ng/mL ; I2 = 0 %) (LOE III).17
Cependant, les études observationnelles fournissent des résultats mitigés sur les effets liés à la ménopause. Une étude de cohorte basée sur un registre menée en Suède par Collins et al18 a inclus des femmes de moins de 55 ans qui avaient subi une hystérectomie pour des indications bénignes, avec ou sans salpingectomie bilatérale, entre 1998 et 2016. Une augmentation significative du risque de symptômes ménopausiques a été signalée, telle que rapportée par les patientes dans des questionnaires, un an après une hystérectomie avec salpingectomie opportuniste (n = 6892) par rapport à une hystérectomie seule (n = 4906) (risque relatif, 1,33 ; IC à 95 %, 1,04-1,69) (LOE IV).18 En revanche, une étude de cohorte menée en Colombie-Britannique par Hanley et al,19 qui a identifié toutes les femmes âgées de 50 ans ou moins ayant subi une salpingectomie opportuniste lors d'une hystérectomie entre 2008 et 2014 (n = 6500), n'a rapporté aucune différence significative dans le délai avant la consultation d'un médecin pour des problèmes liés à la ménopause par rapport aux femmes ayant subi une hystérectomie seule (n = 6861) (rapport de risque ajusté, 0,98 ; IC à 95 %, 0,88-1,09) (LOE IV). En outre, cette étude a rapporté que le délai avant la délivrance d'une ordonnance pour un traitement hormonal chez les femmes ayant subi une hystérectomie avec salpingectomie opportuniste ou une salpingectomie opportuniste à des fins de stérilisation était similaire à celui observé chez les femmes
Méthodes
Un groupe multidisciplinaire de l’ESGO (gynécologues et oncologues de 9 pays différents) a mené une revue MEDLINE de 2000 à 2025 pour répondre à 10 questions PICO pré-établies. Pour cela, 129 articles ont été sélectionnés. L’accent a été mis sur les essais randomisés, revues et méta‑analyses, complétés par les cohortes observationnelles. Les principaux critères étudiés étaient : l’incidence du carcinome tubo‑ovarien, la fonction ovarienne et l’âge de la ménopause, les risques de santé à long terme, et les complications postopératoires.
Principales preuves et résultats :
- Réduction du risque de cancer :
De nombreuses revues systématiques et méta-analyses montrent que la salpingectomie est associée à une réduction du risque de carcinome tubo-ovarien, bien que la plupart des données soient rétrospectives. La plus grande revue systématique a été publiée en 2023 par Kahn et al., qui a inclus 158 études et a rapporté une réduction du risque de carcinome tubo-ovarien jusqu'à 80 % chez les patientes salpingectomisées par rapport à l'absence de salpingectomie ; ce qui pourrait réduire la mortalité par cancer de l'ovaire de 15 % aux États-Unis. Une revue systématique et une méta-analyse publiées en 2025 par Tang et al, ont montré une diminution du risque avec un OR à 0,48 ; IC à 95 %, 0,33-0,69 ; P < 0,001). Yoon et al. avaient publié une méta-analyse en 2016 comprenant une étude de cohorte et deux études cas-témoins ; il rapporte un résultat similaire avec un OR à 0,51 ; IC à 95 %, 0,35-0,75 ; P < 0,001). L'étude qui a fourni le plus grand nombre de patientes pour ces deux méta-analyses était une étude de cohorte nationale menée en Suède par Falconer et al. Une cohorte de 3 051 patientes avait eu une salpingectomie opportuniste, versus une autre cohorte non exposée (n = 5 449 119), entre 1973 et 2009. Les auteurs rapportent un taux d’incidence du carcinome tubo-ovarien significativement plus faible dans le groupe avec salpingectomie (taux d'incidence calculé pour 100 000 personnes-années, respectivement 9,9 contre 25,3 ; OR 0,35 ; IC à 95 %, 0,17-0,73 ; P = 0,04).
- Fonction ovarienne et ménopause :
Concernant le dosage de l’AMH et FSH, les études (de faible effectif) ne montrent aucune différence significative entre les deux groupes avec ou sans salpingectomie. Une analyse groupée réalisée en 2017 par Mohamed et al. incluant plusieurs études de cohortes, prospectives et rétrospectives, n’a rapporté aucune réduction statistiquement significative des taux d'AMH après une salpingectomie bilatérale (n = 383) par rapport aux taux d'AMH avant la salpingectomie (n = 464) (différence moyenne pondérée, −0,10 ng/mL ; IC à 95 %, −0,19 à 0,00 ng/mL ; I2 = 0 %).
Des études observationnelles sur les symptômes ménopausiques et l’âge de la ménopause sont contradictoires : certaines signalent une augmentation des symptômes, d’autres aucun effet sur l’âge de la ménopause ou l’utilisation de traitement hormonal.
- Sécurité et durée opératoire :
Les études montrent que l’ajout d’une salpingectomie augmente peu la durée opératoire (8–15 minutes selon le contexte) et n’augmente pas significativement les complications per- ou postopératoires pour les hystérectomies, césariennes ou autres coelioscopies (qualité de preuve variable, Cochrane qualité très basse sur certains points).
- Faisabilité lors de chirurgies non gynécologiques :
De petites séries et études pilotes montrent que la salpingectomie est réalisable pendant des chirurgies telles que cholécystectomie ou bariatrie, avec temps additionnel modeste et peu de complications. Des analyses de coût‑efficacité modélisées suggèrent souvent un rapport coût‑bénéfice favorable, mais reposent sur des modèles décisionnels.
Limites de l’étude
Le niveau de preuve est globalement bas, basé majoritairement sur des études observationnelles. Des essais randomisés de grande ampleur seraient nécessaires. Des données longitudinales standardisées sur la fonction endocrine et les conséquences à long terme, en particulier chez les femmes plus jeunes et en contexte non gynécologique.
Conclusion
Les données actuelles soutiennent que la salpingectomie opportuniste est associée à une réduction significative du risque de carcinome tubo‑ovarien, n’altère pas la réserve ovarienne à court terme, augmente peu la durée opératoire et n’augmente pas le taux de complications.
L’ESGO recommande donc de considérer la salpingectomie opportuniste chez les femmes ménopausées ou ne désirant plus préserver leur fertilité après le délai légal de réflexion, après information adaptée et décision individualisée.
Feb 2026 JAMA | SpecialCommunication | WOMEN'SHEALTH
Opportunistic Salpingectomy for Prevention of Tubo-Ovarian Carcinoma The European Society of Gynaecological Oncology Consensus Statements
Jurgen M. Piek, MD, PhD; Jolijn Schauwaert, MD; Laura Burney Ellis, MBChB; Ignacio Zapardiel, MD, PhD; François Planchamp, MSc; Kata Koblos; Joanna Kacperczyk-Bartnik, MD, PhD; Sarah J. Bowden, MBBS, PhD; Houssein El Hajj, MD, PhD; Mihaela Grigore, MD, PhD; Miranda P. Steenbeek, MD, PhD; Nicolò Bizzarri, MD, PhD; Maria Kyrgiou, MD, PhD; Murat Gültekin, MD
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