Les infections génitales hautes des femmes ayant de l’endométriose sont-elles les mêmes que celles des femmes sans endométriose ?

Article : 
Camacho M, Rius M, Martínez-Zamora MA, Gracia M, Quintas-Marquès L, De Guirior C, Carmona F, Ros C. When two diseases collide: Endometriosis as a risk factor for severe pelvic inflammatory disease. Acta Obstet Gynecol Scand. 2026 Jul

INTRODUCTION
Les infections génitales hautes (IGH), définies par l’association d »’une hyperthermie, des douleurs pelviennes, de métrorragies et de leucorrhées (RPC CNGOF, 2018) sont traditionnellement considérées comme des infections sexuellement transmissibles (IST) affectant principalement les femmes jeunes, avec facteurs de risque. Cependant, plusieurs études récentes suggèrent que l'endométriose constitue non seulement un facteur de risque d’IGH, mais également un facteur aggravant de son évolution clinique, avec des durées d’hospitalisation plus longues, plus d’échecs du traitement avec antibiothérapie et plus de nécessité d’une intervention chirurgicale (Tai et al,2018). Le lien entre l'endométriose et la gravité des IGH pourrait s'expliquer par plusieurs facteurs : altération de la réponse immunitaire accompagnée d'une production accrue de cytokines inflammatoires, diminution de la capacité à lutter contre les bactéries, et modifications anatomiques associées aux lésions endométriosiques qui pourraient faciliter la propagation de l'infection. De plus le diagnostic d’IGH n’est pas toujours facile chez les patientes endometrisiques à cause de la symptomatologie douloureuse chronique et des difficultés d’imagerie.

OBJECTIF DE L’ÉTUDE
Les auteurs ont cherché à déterminer si les patientes atteintes d'endométriose hospitalisées pour IGH présenaitent une maladie plus sévère que les patientes sans endométriose. 
Ils ont également évalué si l'endométriose profonde était associée à un pronostic plus défavorable. 

MATÉRIELS ET M’ÉTHODES
Il s'agit d'une étude rétrospective monocentrique réalisée au sein d’un centre référent de l'endométriose à Barcelone entre 2018 et 2023, incluant 159 patientes hospitalisées pour IGH :

  • 48 patientes (30,2 %) présentaient une endométriose ;
  • 111 ne présentaient pas d'endométriose.

Le diagnostic d'endométriose reposait sur une échographie endovaginale réalisée par des opérateurs experts selon les critères IDEA, puis confirmé après résolution de l'épisode infectieux. 
Les principaux critères étudiés étaient :

  • échec du traitement antibiotique ;
  • durée d'hospitalisation ;
  • nécessité d'une chirurgie urgente ;
  • récidive d’IGH.
  •  

RÉSULTATS
La tableau ci-joint présente les principaux resultats :


Variables

Endométriose 
(n = 48)

Sans endométriose 
(n = 111)

p

### Présentation à l'admission      
Anomalies annexielles à l'échographie      
Abcès tubo-ovarien

11 (22,9 %)

43 (38,7 %)

0,04

Pyosalpinx

17 (35,4 %)

55 (49,5 %)

0,02

Endométriome ovarien (suspect d'infection)

35 (72,9 %)

—

—

Symptômes      
Fièvre

35 (72,9 %)

100 (90,1 %)

0,01

Douleur abdominale

48 (100 %)

111 (100 %)

—

Leucorrhées

2 (4,2 %)

16 (14,4 %)

0,06

Symptômes digestifs

10 (20,8 %)

29 (26,1 %)

0,47

Biologie      
CRP (mg/dL)

14,8 ± 8,7

13,7 ± 7,7

0,44

Leucocytes (/µL)

18 222 ± 3 181

17 352 ± 3 194

0,87

 

 

 

 

### Résultats microbiologiques      
IST documentée

1 (2,1 %)

47 (42,3 %)

0,01

Levures

9 (18,8 %)

20 (18,0 %)

0,91

Bactéries Gram positives

4 (8,3 %)

32 (28,8 %)

0,01

Bactéries Gram négatives

1 (2,1 %)

8 (7,2 %)

0,20

Culture positive (toutes causes)

13 (27,1 %)

76 (68,5 %)

0,01

Culture négative

35 (72,9 %)

35 (31,5 %)

0,01

 

### Évolution clinique

     
Échec du traitement antibiotique

17 (35,4 %)

19 (17,1 %)

0,01

Durée moyenne d'hospitalisation (jours)

6,1 (IC95 % : 4,8–7,4)

3,9 (IC95 % : 3,7–4,3)

0,01

Recours à la chirurgie

6 (12,5 %)

5 (4,5 %)

0,08

Récidive d'IGH

15 (31,3 %)

13 (11,7 %)

0,01

Il apparait donc que :

  • les IGH sont plus sévères chez les femmes atteintes d'endométriose

Les patientes atteintes d'endométriose présentaient des résultats significativement moins favorables :

  • échec du traitement antibiotique : 35,4 % vs 17,1 % (OR ajusté = 3,0).
  • récidive de IGH plus fréquente : 31,3 % vs 11,7 % (OR ajusté = 3,0).
  • durée moyenne d'hospitalisation plus longue : 6,1 jours vs 3,9 jours  augmentation moyenne de 1,7 jour après ajustement).

En revanche, bien que la chirurgie ait été plus fréquente chez les patientes présentant une endométriose (12,5 % vs 4,5 %), cette différence n'atteignait pas la significativité statistique.

  • Le profil microbiologique est différent

L'un des résultats les plus originaux concerne les prélèvements microbiologiques.
Chez les patientes présentant une endométriose :

  • près de 73 % des prélèvements vaginaux ou endocervicaux étaient négatifs ;
  • seulement 2,1 % présentaient une infection sexuellement transmissible.

À l'inverse, chez les patientes sans endométriose, 42,3 % avaient une IST documentée. 
Ces observations suggèrent que l’IGH associée à l'endométriose correspond probablement à une entité physiopathologique différente de l’IGH « classique », souvent liée à Chlamydia trachomatis ou Neisseria gonorrhoeae.
Les auteurs évoquent plusieurs mécanismes possibles :

  • altération de l'immunité locale ;
  • inflammation chronique ;
  • modifications du microbiote vaginal et intestinal ;
  • distorsion anatomique liée aux adhérences ;
  • contenu hématique des endométriomes favorisant la prolifération bactérienne.
  • Les endométriomes sont les masses annexielles les plus fréquentes

Les anomalies annexielles étaient beaucoup plus fréquentes chez les patientes atteintes d'endométriose.
L'endométriome infecté constituait l'image échographique prédominante, alors que le pyosalpinx était plus fréquent dans le groupe contrôle. Cette différence pourrait expliquer la moins bonne réponse aux antibiotiques observée chez les patientes présentant une endométriose.

  • Quid de l’endométriose profonde ?

Parmi les 48 patientes atteintes d'endométriose, environ deux tiers présentaient une endométriose profonde.
Même si les différences n'étaient pas statistiquement significatives (probablement en raison d'un effectif limité), ces patientes avaient :

  • davantage d'échecs thérapeutiques ;
  • davantage de récidives ;
  • une évolution clinique plus hétérogène.

Les auteurs considèrent ces résultats comme un signal fort nécessitant des études de plus grande ampleur. 


IMPLICATION CLINIQUES ET LIMITES :

1. Implications cliniques

Cette étude remet en question la vision classique des IGH
Chez une femme présentant une endométriose, une IGH ne révèle sans doute pas une infection sexuellement transmissible, mais infection autre dans un contexte inflammatoire et anatomique particulier.
Les auteurs proposent plusieurs pistes :

  • reconnaître l'endométriose comme facteur de gravité des IGH ;
  • utiliser précocement l'échographie experte afin d'identifier un endométriome infecté ;
  • envisager une antibiothérapie empirique à plus large spectre lorsque l'endométriose est connue ;
  • informer les patientes que la présence d'une IGH n'implique pas nécessairement une IST, afin d'éviter une culpabilisation inutile.

2. Limites

Les principales limites de cette étude sont :

  • son caractère rétrospectif ;
  • le recrutement dans un centre tertiaire expert de l'endométriose, limitant la généralisation des résultats ;
  • l'absence de confirmation histologique de l'endométriose ;
  • un effectif insuffisant pour démontrer l'impact de l'endométriose profonde avec une puissance statistique satisfaisante.

CONCLUSION
L’endométriose semble constituer un facteur indépendant de sévérité des infections pelviennes. Les patientes présentent un risque environ trois fois plus élevé d'échec thérapeutique et de récidive, ainsi qu'une hospitalisation plus prolongée. Par ailleurs, le faible taux d'IST documentées suggère une physiopathologie différente de celle des IGH classiques. Ces résultats plaident pour une prise en charge plus personnalisée des infections pelviennes chez les femmes atteintes d'endométriose, intégrant un diagnostic échographique expert et une stratégie antibiotique potentiellement adaptée.

 

Références : 
Tai FW, Chang CYY, Chiang JH, Lin WC, Wan L. Association of pelvic inflammatory disease with risk of endometriosis: a nationwide cohort study involving 141,460 individuals. J Clin Med. 2018;7(11):379

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