Il s’agit d’un article de l’équipe de BANGBU WAN et Coll., paru dans European Journal of Medical Research (2025) 30 : 11.38, qui évalue l’association entre fragmentation du DNA spermatique (F-DNA) et les taux d’euploïdie embryonnaire obtenus dans le cadre de protocoles d’assistance médicale à la procréation (AMP).
L’euploïdie embryonnaire, définie par la présence d’un nombre normal de chromosomes embryonnaires, est un élément déterminant de la qualité et viabilité embryonnaires en AMP, qu’il s’agisse de fécondation in vitro « classique » ou avec ICSI.
Le diagnostic génétique pré-implantatoire pour l’aneuploïdie (PGT-A) est devenu, dans beaucoup de Centres, un élément essentiel pour étudier le statut euploïde des embryons transférés et « en principe » optimiser les succès de l’AMP, notamment avec réduction du risque de fausse couche spontanée et augmentation d’une bonne évolution fœtale et néo-natale.
L’âge de la femme est un facteur important de risques d’anomalie chromosomique du fait d’erreurs méiotiques au niveau de l’ovocyte et augmente notablement le risque d’absence d’implantation embryonnaire ou de fausse couche spontanée.
Il apparait, depuis plusieurs années, que la « contribution paternelle » à ce risque, notamment l’intégrité de la chromatine spermatique, joue un rôle déterminant dans le statut chromosomique embryonnaire.
L’étude de la fragmentation du DNA spermatique a permis depuis peu de mieux évaluer ce risque et de le prévenir par la prise en charge de causes susceptibles d’augmenter ces fragmentations du DNA spermatique, notamment l’infection, le varicocèle, tout facteur augmentant le stress oxydatif, la surcharge pondérale, l’exposition aux perturbateurs endocriniens…
Les études sur ce sujet ont donné des résultats controversés.
Les auteurs étudient à travers une méta-analyse les effets d’une augmentation de la fragmentation du DNA spermatique sur le risque d’aneuploïdie embryonnaire.
Critères d’inclusion et d’exclusion :
Etudes incluant des couples infertiles pris en charge pour AMP (FIV ou ICSI), mesures du F-DNA selon les techniques TUNEL, SCSA (Sperm Chromatine Structure Assay) ou Comet AC (Single Cell Gel Electrophorese).
Le diagnostic d’euploïdie embryonnaire était réalisé par PGT-A, utilisant l’hybridation génomique comparative, l’étude du polymorphisme du « single nucleotide » ou par WGA (Whole Genom Amplification).
Les critères d’exclusion étaient les études faites sur l’animal, les éditoriaux, les abstracts sans données complètes ou les « case report ».
Une sélection de 1356 études a été réalisée à travers les recherches par data base (pub med : n = 689 ; web of sciences : n =268 ; embase : n = 201 ; scopus : n = 109 et Cochrane Library : n = 89).
Après exclusion, 6 études étaient reconnues comme présentant les critères d’inclusions et inclues dans la méta-analyse finale.
Ces six études ont été publiées entre 2017 et 2025, ce qui représentait un total de
1516 cycles d’AMP. La fragmentation du DNA spermatique a été mesurée par SCSA dans toutes les études inclues.
Les mesures basses et élevées de F-DNA ont défini des groupes différents selon le cut-off compris entre 15 à 30% de mesure du F-DNA.
Résultats :
- La méta-analyse n’a pas trouvé de différences significatives dans l’association élévation de la F-DNA et euploïdie embryonnaire, lorsque le cut-off était égal ou inférieur à 15%.
- Lorsque les valeurs de la F-DNA des spermatozoïdes étaient supérieures ou égales à 30%, l’analyse des résultats a montré une élévation de l’aneuploïdie embryonnaire (Pooled OR = 0,742 ; 95% CIO.558-O.988).
Conclusion :
La méta-analyse menée en Chine par les auteurs suggère qu’une élévation de la fragmentation de la DNA spermatique, notamment dans des taux égaux ou supérieurs à 30%, peut être associée avec une probabilité plus faible d’obtention d’embryons euploïdes en AMP.
Ce résultat suppose un lien biologique probable entre l’intégrité du génome paternel et la compétence chromosomique de l’embryon, les mécanismes de réparation ovocytaire pour prévenir des erreurs chromosomiques pouvant être quelque fois insuffisants.
Les auteurs insistent sur la prévention des effets de cette augmentation de la fragmentation du DNA spermatique par une prise en charge préalable incluant les thérapies anti-oxydantes, la prise en charge des varicocèles, l’optimisation de la qualité de vie, notamment sur la surcharge pondérale ou l’exposition à des perturbateurs endocriniens, voire, dans les cas extrêmes, l’utilisation de sperme obtenu à partir de biopsies testiculaires.
Les limites de cette étude sont reconnues par les auteurs, à savoir qu’elles ont été menées en Chine, à partir de populations ayant des antécédents probablement génétiques différents, des types de vie variables et des contextes cliniques pouvant être inhomogènes.
