Les Lésions de CIN2 posent parfois le problème de leur prise en charge et donc de la stratégie thérapeutique, en effet les recommandations peuvent laisser une latitude de surveillance mais à certaines conditions, il doit s’agir : d’une femme jeune (moins de 30 ans), désireuse de préserver sa fertilité, avec une lésion peu étendue sur le col évaluée par colposcopie (en général moins de 2 quadrants), avec une jonction squamo-cylindrique bien vue (type 1) et une acceptation de surveillance régulière tous les 6 mois pendant au maximum 2 ans.
Mais tout d’abord qu’est qu’une CIN2 ? Ce diagnostic n’est pas parfaitement reproductible entre pathologistes qui peuvent après expertise requalifier cette « CIN2 » en CIN1 (lésion de bas grade) ou au contraire en CIN3 d’où la nécessité de pathologistes expérimentés en pathologie cervicale et avoir recours à l’immunohistochimie avec identification du niveau de la p16 sur les coupes histologiques qui aidera le pathologiste à déterminer la classification des aspects morphologiques.
Une fois la CIN2 parfaitement identifiée, peu étendue chez une femme jeune se pose le problème de sa régression possible et donc celui d’éviter un traitement le plus souvent par résection à l’anse diathermique (ECAD pour électro-conisation à l’anse diathermique) dont les conséquences obstétricales et parfois colposcopiques (sténoses du col) ne sont pas anodines.
De nombreuses études récentes (2) ont montré que cette régression (si elle survenait : environ 60% des cas) se produit dans 90% des cas dans les 12 mois suivant le diagnostic et très peu au cours des 12 mois suivants.
Comment donc prédire ou évaluer au moment du diagnostic les probabilités de régression et par ailleurs comment définir une régression ? d’autant que l’on sait depuis les travaux de KD Lycke (2) que le risque de Cancer à 20 ans est significativement augmenté chez les patientes suives et non traitées…
Comment donc définir la régression, ou la guérison et comment décider de la stratégie initiale.
Certains ont évoqué le risque plus important de persistance ou de progression chez les porteuses d’un HPV 16 mais chez ces patientes de moins de 30 ans, le plus souvent le dépistage initial était cytologique et le statut HPV n’est pas connu. D’autres ont évoqué le rôle protecteur de la vaccination HPV antérieure mais cela dépend de l’âge à laquelle cette vaccination a eu lieu (après l’âge de 15 ans l’efficacité semble moindre et après 20 ans non significative) et il n’est pas toujours simple de la connaitre avec précision. Certains également ont évoqué le rôle favorable d’un aspect colposcopique plutôt rassurant (parfois subjectif) ou d’une cytologie initiale porteuse d’anomalies mineures, voire de l’utilisation du double immuno-marquage (CINTEC marquage p16 & KI67) dont la négativité serait, entre autres marqueurs, favorable (3).
Les auteurs ont essayé ici dans cette étude (1) portant sur près de 6000 femmes présentant initialement d’une lésion dite de CIN2 d’évaluer le taux de « régression » à 1 an et de « progression » vers une CIN3 à 3 ans.
Le risque de lésion de CIN3 à 3 ans était de 2,8% en cas d’HPV contrôle négatif (p<0,001), de 7% seulement en cas de biopsie de contrôle négative et de 4,2% en cas de cytologie de contrôle négative.
Le taux le plus faible de lésion de CIN3 à 3 ans était retrouvé dans le groupe HPV et Cytologie négative (1,3%).
Les auteurs rappellent donc que chez une femme jeune, il est possible d’envisager une surveillance et que ces lésions peuvent régresser sans traitement. Il semble donc que comme toutes les méthodes de surveillance (notamment post-thérapeutiques) ou de dépistage, c’est cependant la négativation du test HPV qui possède les meilleures caractéristiques de protection.
Rappelons néanmoins que cette surveillance ne doit pas s’interrompre comme pour toutes les patientes porteuses à un moment de leur vie d’une lésion dite de Haut Grade en raison du risque malgré tout, augmenté à long terme, de survenue d’une lésion invasive.
- Markers of cervical intraepithelial neoplasia grade 2 regression and subsequent risk of CIN3
Li C Cheung 1, Fangya Mao 1, Greg Rydzak 2, Nicolas Wentzensen 1, Nancy E Poitras 3, Thomas S Lorey 3, Philip E Castle 1 4
J Natl Cancer Inst 2026 Oct 1:djag345.
Lycke KD, Kahlert J, Petersen LK, Damgaard RK, Cheung LC, Gravitt PE, Hammer A.BMJ. 2023 Nov 29;383:e075925. doi: 10.1136/bmj-2023-075925.
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A Prospective Study on the Progression, Recurrence, and Regression of Cervical Lesions: Assessing Various Screening Approaches
Tudor Gisca 1, Iulian-Valentin Munteanu 2, Ingrid-Andrada Vasilache 1, Alina-Sinziana Melinte-Popescu 3, Simona Volovat 4, Ioana-Sadyie Scripcariu 1, Raluca-Anca Balan 5, Ioana Pavaleanu 1, Razvan Socolov 1, Alexandru Carauleanu 1, Constantin Vaduva 6, Marian Melinte-Popescu 7, Ana-Maria Adam 2, Gigi Adam 8, Petronela Vicoveanu 1, Demetra Socolov 1
J Clin Med 2024 Feb 28;13(5):1368.
