Depuis la création du Cecos par le Pr Georges David en 1973 associée aux développements des techniques permettant d’analyser les principales caractéristiques du liquide séminal (1), l’examen du sperme représente aujourd’hui l'évaluation la plus élémentaire de la fertilité masculine.
Bien que les paramètres individuels du sperme ne fournissent qu'une indication partielle du potentiel de fertilité réel et que les caractéristiques du sperme ne soient pas une expression directe et conséquente de la fertilité, l'analyse de routine du sperme est une étape clé de l'investigation nécessaire pour le clinicien, car elle fournit des informations précieuses sur la fonction testiculaire et elle est liée aux chances de conception.
Un autre sujet important en andrologie moderne est la preuve croissante que la fonction testiculaire se manifestant par des altérations de paramètres spermatiques même minimes peut être l’expression d’un mode de vie qui impacte la santé générale de l’homme au risque de développer d'autres maladies comorbides plus tard dans la vie. (https://www.cesarfertility.com/) (2-3-4).
Paradoxalement c’est un excellent examen de prévention qui devrait être intégré dans un bilan « check up ».
Bien qu'un examen de base approprié du sperme soit la pierre angulaire de l'andrologie, il est essentiel de reconnaître que le diagnostic clinique final et le traitement reposent également sur d'autres sources d'informations : anamnèse, examen physique, évaluation endocrinienne et autres tests si nécessaire (études génétiques, imagerie et examen approfondi du sperme).
L’objectif de ce papier est de focaliser en 2026 les points principaux qui doivent être sérieusement pris en considération par le clinicien sur un bilan spermatique de base.
Ce bilan de dépistage s’il est perturbé amènera le clinicien à probablement prescrire des examens complémentaires pour apprécier l’impact sur la fertilité.
Nos commentaires prendront en considération :
- Le référentiel technique classique des biologistes de la reproduction (Manuel OMS en V6-2021), qui n’est qu’un guide de recommandations et dont le plus grand défaut (encore présent en 2021) est l’absence objectifs de performance (5)
- Un article récent qui fera date sur le spermocytogramme rédigé par N.Gatimel dans le cadre d’un travail des BLEFCO (6)
- Notre expérience professionnelle, 30 ans sur le terrain et de collaboration avec de très nombreux cliniciens nous permettant de bien cerner leurs besoins et leurs problématiques
OMS-Version 6 – année 2021
La précédente version datait de 2010. Elle était bien plus révolutionnaire et détaillée techniquement que celle de 2021 dont on ne voit pas directement l’utilité clinique…
En bref, cette nouvelle édition couvre l'analyse du sperme, la préparation des spermatozoïdes, la cryoconservation et le contrôle de la qualité. Les procédures liées à l'analyse du sperme comprennent les examens de base (procédures de routine pour l'évaluation des paramètres spermatiques), les analyses de deuxième niveau (examens approfondis du sperme requis dans des conditions spécifiques*) et les analyses de recherche (examens avancés, non encore envisagés pour une utilisation de routine en laboratoire).
* les examens complémentaires concernent: les récentes avancées scientifiques dans la compréhension de la fragmentation de l'ADN spermatique (SDF), du stress oxydatif séminal (OS) et des espèces réactives de l'oxygène (ROS), les tests génétiques et génomiques, la réaction acrosomique des spermatozoïdes, l'analyse fonctionnelle du flux et du transport des ions transmembranaires dans les spermatozoïdes, et les méthodes d’évaluation de la condensation de la chromatine.
Il manque une discussion sur les indications et la manière d'appliquer les résultats de ces tests dans la pratique clinique
Les tests plus anciens, tels que l'examen de la glaire cervicale, ont été supprimés de cette dernière version. Ils semblent être considérés comme n’ayant plus d’intérêt. Aucune explication est donnée
Les besoins de performances en spermiologie sont uniquement disponibles dans ce que l’on appelle les tables de RICOS (7) – qui s'appliquent à toute la biologie.
Pour résumé, un laboratoire peut ne pas respecter « à la lettre » les recommandations de l’OMS s’il obtient d’une autre manière les performances demandées par la RICOS.
C’est sur cette thématique que le manuel OMS est critiquable.
Nous avons choisi quelques thématiques qui nous semblent avoir le plus d’intérêt pour le clinicien dans sa routine :
1. La CONCENTRATION des spermatozoïdes
Pour rappel, 2 chiffres doivent apparaître clairement sur le compte rendu :
Les termes « nombre total (=numération) de spermatozoïdes » et « concentration de spermatozoïdes » qui ne sont pas synonymes.
La concentration de spermatozoïdes correspond au nombre de spermatozoïdes par unité de volume de sperme et dépend du nombre de spermatozoïdes émis et du volume de liquide qui les dilue.
Le nombre total de spermatozoïdes correspond au nombre total de spermatozoïdes dans l’éjaculat et s’obtient en multipliant la concentration de spermatozoïdes par le volume de sperme.
- Prendre en considération le nombre total de spermatozoïdes par éjaculat dans le diagnostic plutôt que la simple concentration de spermatozoïdes. Il reflète fidèlement la capacité de production testiculaire
- Les directives de toutes les Associations européennes d'urologie recommandent de répéter l'analyse du sperme en cas de résultats anormaux. Le patient devant être dirigé vers un laboratoire de référence pour son contrôle.
- Dans le cadre du diagnostic, il n’est pas nécessaire d’avoir une estimation exhaustive du nombre de spermatozoïdes présents dans le sperme lorsque la production de spermatozoïdes est extrêmement faible. Un chiffre rendu lorsqu’une concentration est < 1 M/ml est ininterprétable (l’erreur autour de la valeur calculée sera par essence très importante) mais surtout inutile pour l’interprétation pour le clinicien. En revanche il peut être une source de « satisfaction » pour patient lorsqu’un chiffre évolue passant de 0,50 M/ml à 0,80 M/ml..
- Nous conseillons devant ce type de situation de rendre pour un usage clinique le chiffre de < 2 M/ml (pour tenir compte de l’erreur d’échantillonnage élevée associé à un faible nombre de spermatozoïdes).
- Indiquer si des spermatozoïdes mobiles ont été observés ou non.
2. La MOBILITÉ des spermatozoïdes
En ce qui concerne la motilité des spermatozoïdes, l'un des principaux inconvénients de la 6e édition du manuel est le retour à la distinction entre les spermatozoïdes mobiles à progression rapide et ceux à progression lente.
La 6e édition a réadopté la distinction de la motilité progressive en deux catégories (grade a et b). Ainsi, la catégorisation de la mobilité des spermatozoïdes est revenue à la motilité progressive rapide, la motilité progressive lente, la motilité non progressive et l'immobilité (grade a, b, c ou d, respectivement).
Cette évaluation ayant été abandonnée dans la 5e édition de 2010, la distinction de la mobilité progressive en deux catégories n'a pas été évaluée comme les autres paramètres (en comparant les données obtenues chez les hommes ayant obtenu une grossesse dans un délai ≤ 12 mois avec celles obtenues chez les hommes qui restent sans enfant). Il est donc surprenant que cette distinction de motilité soit ajoutée à la 6e édition sans aucune étude récente (après 2010) démontrant étonnement son utilité en andrologie ou dans le diagnostic de routine. (8)
L’OMS 2021 demande donc au laboratoire de rendre de nouveau de la mobilité en 4 classes distinctes dites
(a) Rapide progressive (≥25 μm/s)
(b) Lente progressive (5 to <25 μm/s)
(c) Non progressive (<5 μm/s)
(d) Immobile
Nous avons tous été très surpris de ce retour en arrière (de plus de 10 ans..).
Brièvement, en s’appuyant sur quelques études très anciennes, très discutables et difficilement transposables à nos situations actuelles où l’AMP dans le monde est principalement représentée par l’ICSI, l’OMS 2021 estime que :
- Des diminutions de la mobilité « a » sont associés à des taux de fécondation plus faibles en FIVc
- Des diminutions de la mobilité « a+b » totales sont aussi associés à des taux de fécondation plus faibles en FIVc
MAIS
- Aucune étude démontre la meilleure prédictivité de la mobilité « a » en comparaison à la mobilité « a+b »
- Aucune étude démontre que la mobilité « a » est la plus discriminante
En 2010, la 5e Edition préconisait un rendu sous forme PROGRESSIVE (a+b) et NON PROGRESSIVE.
On s’imagine bien que sans une analyse automatisée (CASA), la différenciation entre les classes a et b est « parfois » difficile et que la catégorisation des spermatozoïdes en fonction de leur vitesse en microscopie optique deviendra inévitablement une approximation.
Il est difficile pour les techniciens de définir la progression linéaire avec autant de précision sans commettre d'erreurs.
Comme l'ont fait remarquer Boitrelle et ses collègues (9), aucune donnée récente n'a été ajoutée pour mettre en évidence la valeur clinique de cette distinction.
Par conséquent, si cette recommandation devait de nouveau être remise en place, la variabilité qui en résulterait dans les analyses de sperme (rapports subjectifs) finira par réduire la normalisation entre les centres, ce qui est exactement le contraire de l'objectif du manuel de l'OMS.
Fort heureusement la plupart des laboratoires n’ont pas changé leur présentation de résultats et restent sur des informations transmises de type progressifs et non progressifs
Si l'utilité de l'identification de la présence de spermatozoïdes « à motilité rapide » est validée, les futures éditions du manuel devront recommander l'intégration de systèmes optiques basés type CASA ou basés sur l’intelligence artificielle.
3. L’ ANALYSE MORPHOLOGIQUE des spermatozoïdes
Sans surprise la version V6 reprend comme toute les versions précédentes la classification « dite » OMS basée que la classification mise au point par Thinus F. Kruger et Roelof Menkveld en 1986 en Afrique du Sud (19-20).
C’est cette classification qui est aujourd’hui utilisée par tous les laboratoires dans le monde, sauf en France où la classification de David reste ancrée dans certains centres « historiques ».
Ce que l’on sait déjà depuis plus de 30 ans :
- L'origine et l'impact de certaines anomalies morphologiques ne sont toujours pas claires, probablement parce que la présence de ces anomalies est physiologique dans les spermatozoïdes humains (21)
- Toutes les études citées dans la 6eme édition des recommandations de l'OMS ont été menées il y a plus de 20 ans.
- L'évaluation de la morphologie quand elle est associée à des examens étudiant la compétence des spermatozoïdes (ex : Fragmentation, réaction acrosomique) n’apportent que des résultats controversés qui ne font que renforcer le flou qui entoure l’intérêt de l’exploration en détails des anomalies du spermogramme. (22-23-24)
- La méthode d'évaluation de la morphologie des spermatozoïdes, les colorants utilisés, les seuils qui définissent la tératozoospermie, ainsi que les classifications morphologiques employées, souffrent d'une extrême hétérogénéité dans le temps et entre les laboratoires
- Des publications soulignent la présente d’importantes tératozoospermies chez des hommes fertiles et dans le même ordre d’idée des excellents résultats d’AMP chez des patient avec 0% de formes typiques (25-26)
L’apparition de certains types de CASA a permis « indirectement » et via le processus d’accréditation de s’interroger sur la pertinence du rendu systématique du détail des anomalies.
(4 classes pour OMS/Kruger et 23 classes pour David)
Il était temps de démontrer les faibles performances de ce test dans sa forme actuelle et surtout sa très faible utilité pour le clinicien et pour le service médical rendu en général
Le groupe mis en place par les BLEFCO et dirigé par le Pr Nicolas Gatimel (CHU Toulouse) et auquel nous avons participé pour publier un important travail sur lequel nous allons pouvoir nous appuyer pour changer de paradigme pour le spermocytogramme (6)
(Disponible sur le web en libre accès : https://hal.inrae.fr/hal-05374415v1)
Nous conseillons à tous les cliniciens de prendre connaissance de cet article qui fera « date » en spermiologie.
À RETENIR de cet article
Recommandations proposées (RP), bonnes pratiques (BP)
Pour chaque recommandation, une note a été attribuée en fonction de la force des preuves à l’appui. (élevée ⊕⊕⊕⊕, modérée ⊕⊕⊕○, faible ⊕⊕○○, très faible ⊕○○○).
1-Recommandations sur l’analyse détaillée des anomalies morphologiques du sperme lors d’un bilan de fertilité et avant de commencer un traitement de procréation médicalement assistée.
R1 :⊕⊕○○ Le groupe de travail ne recommande pas l'analyse systématique et détaillée des anomalies (ou groupes d'anomalies) lors de l'évaluation de la morphologie du sperme
R2 :⊕⊕⊕○ Le groupe de travail recommande que le laboratoire utilise, à sa discrétion, une méthode qualitative ou quantitative pour la détection d'une anomalie monomorphe (globozoospermie, syndrome des spermatozoïdes macrocéphales, syndrome des spermatozoïdes acéphales, MMAF).
Dans le but de détecter des anomalies monomorphes, il suffit d'effectuer le test une seule fois.
Nous ne recommandons pas de répéter cet examen s'il a déjà été réalisé (avec dépistage de la présence éventuelle d'anomalies monomorphes).
2. Recommandation concernant les indices de anomalies spermatiques multiples.
R3 : ⊕○○○ Il n'existe pas suffisamment de preuves pour démontrer la valeur clinique des indices d'anomalie dans l'investigation de l'infertilité et avant une PMA. En conséquence, le groupe de travail ne recommande pas l'utilisation des indices d'anomalie du sperme (TZI, SDI, MAI) dans l'évaluation de la morphologie du sperme.
3- Recommandation sur l'utilisation d'analyseurs automatisés pour évaluer la morphologie des spermatozoïdes.
R4 : ⊕⊕○○ Le groupe de travail émet un avis favorable sur l'utilisation de systèmes automatisés basés sur l'analyse cytologique après coloration, après qualification des opérateurs et validation des performances analytiques au sein de leur propre laboratoire. (BP)
Le groupe de travail est favorable à leur utilisation dès lors que le laboratoire effectue des contrôles sur place des performances analytiques et réalise régulièrement des contrôles de qualité internes et externes, et que le personnel du laboratoire est soumis à des tests de compétence continus
Comme pour l'analyse manuelle, et conformément aux arguments avancés dans les questions précédentes, en ce qui concerne l'analyse automatisée, le groupe de travail ne recommande pas l'examen systématique et détaillé des anomalies de la morphologie des spermatozoïdes
Dans le cas d'un système utilisant un algorithme pour estimer le pourcentage de formes typiques, en raison du manque de preuves dans la littérature et comme il ne s'agit pas d'une analyse cytologique après coloration, le laboratoire doit mettre en œuvre une stratégie de dépistage pour la détection des anomalies monomorphes.
4-Recommandation sur l'utilisation de l'évaluation de la morphologie des spermatozoïdes dans le choix de la technique de PMA et comme outil prédictif avant la PMA
R5 : ⊕⊕○○ Le groupe de travail ne recommande pas d'utiliser le pourcentage de spermatozoïdes de morphologie normale comme critère pronostique avant une IUI, une FIV ou une ICSI, ni comme outil de sélection de la procédure de PMA après évaluation morphologique et exclusion.
Ces lignes directrices suggèrent une simplification significative de l'évaluation de la morphologie des spermatozoïdes à la lumière des publications examinées, tout en maintenant la détection des anomalies monomorphes des spermatozoïdes.
La littérature récente et le faible niveau de preuve des études analysées nous amènent à ne pas tenir compte du pourcentage de formes normales (en particulier si la tératozoospermie est une anomalie isolée) lors du choix entre la FIVc et l'ICSI.
Exemple de CR du spermocytogramme en 2026 (Laboratoire CLEMENT)
Formes Typiques* 10% VN : >=4% (OMS 2021)
(Lame colorée)
Présences d’anomalies polymorphes
Absence d’anomalies monomorphes nécessitant une exploration génétique
(Globozoospermie si présente < 20%, Macrocéphalie si présente < 30%, Microcéphalie ou tête d’épingle (PIN head) si présente < 20%, MAAF Syndrome, Flagelle court, Dyskinésie ciliaire)
4. Les NORMES
Les valeurs de référence sont probablement l'aspect le plus discuté de tout le contenu de la 6eme édition du manuel de laboratoire de l'OMS.
Un des objectifs de la 6e édition était de mettre à jour les valeurs de référence en ajoutant de manière substantielle de nouvelles données, présentant ainsi une représentation plus complète des valeurs de distribution de l'homme fertile.
Il s'agissait de l'intégration d'un ensemble de données plus important provenant d'échantillons de sperme provenant de pays en développement d'Afrique et d'Asie ayant pour but de réduire le biais potentiel lié aux données sur les paramètres spermatiques provenant uniquement des pays occidentaux.
Au total, des études provenant de 12 pays et de cinq continents ont été présentées (3 589 hommes fertiles). Les données supplémentaires concernent 1 700 hommes fertiles provenant de 5 pays (Chine, Égypte, République islamique d'Iran, Italie et Grèce).(10)
L'un des changements les plus notables dans la nouvelle 6e édition est la modification de la définition des « éjaculations anormales ».
Les plages de référence et les limites de divers paramètres spermatiques ont été révisées afin de supprimer la dichotomie existante entre les hommes « fertiles » et « infertiles », et ces valeurs doivent mettre en évidence la fertilité masculine comme un continuum de paramètres normaux, limites ou pathologiques du sperme.
Les données épidémiologiques ont démontré à plusieurs reprises que la fertilité masculine peut évoluer au fil des ans et que la fertilité peut varier selon les régions du monde.
L’examen de sperme seule ne peut prédire la fertilité, la grossesse ou ses résultats cliniques associés en tenant compte de la nature multifactorielle du processus de fécondation (11).
Ce fameux 5e percentile
Le 5ᵉ percentile est la valeur en dessous de laquelle se trouvent 5 % des observations d’une population. Autrement dit :
- 5 % des valeurs sont plus petites
- 95 % des valeurs sont plus grandes
« Le poids d’un enfant est au 5ᵉ percentile pour son âge »
Cela signifie que 95 % des enfants du même âge pèsent plus lourd, et seulement 5 % pèsent moins. Ce n’est pas automatiquement pathologique, mais c’est une valeur basse dans la distribution, à interpréter dans le contexte clinique.
Cependant, malgré cette augmentation de la population de référence, aucun changement majeur n'a été observé dans les valeurs du 5e percentile des paramètres de base du sperme de la 6e édition précédente, ce qui montre que les données sont solides et peuvent ne pas changer même si davantage de données sont incluses. (12)
Dans cette 6e édition, il est clairement précisé que les valeurs du 5e percentile ne sont qu'un moyen d'interpréter les résultats de l'analyse du sperme et que l'utilisation seule n'est pas suffisante pour diagnostiquer l'infertilité masculine
Elles ont été légèrement modifiées de manière non significative (Tableau).
Il a été souligné à nouveau que ces données de distribution, avec le 5e percentile comme plage de référence inférieure, ne définissent pas les limites entre les hommes fertiles et subfertiles.
Il existe un chevauchement important entre l'évaluation du sperme des hommes fertiles et celle des hommes infertiles et il n'y a pas de frontière distincte entre les hommes fertiles et les hommes infertiles.
Les modifications non significatives de la 6eme édition est le rejet catégorique de l'équation : « 5e percentile = seuil ». (13-14).
Le clinicien peut expliquer cela au couple infertile :
- Les données issues du manuel de l'OMS et de la pratique clinique soulignent que le 5e percentile inférieur des données provenant des hommes de la population de référence ne représente pas une limite entre la fertilité et l'infertilité, (15-16)
- ll est admis qu'il existe un chevauchement important entre la qualité du sperme des hommes fertiles et celle des hommes hypofertiles, et qu'il n'existe pas de frontière claire entre les hommes fertiles et infertiles en se basant uniquement sur les paramètres du sperme lors de l'analyse du sperme (16-17)
- Les plages de référence et les seuils sont inutiles s'ils ne sont pas insérés dans le contexte clinique du couple infertile. L'interprétation de la fertilité basée uniquement sur le 5e percentile est plutôt inadéquate et devrait être définitivement proscrite. Les résultats doivent être replacés dans un contexte clinique, sans quoi un traitement pourrait ne pas être bénéfique
- La 6e édition suggère que ce problème pourrait être résolu en parlant plutôt de “ limites de décision” (18)
5. Prestation de conseil
Il convient de noter que, dans les 280 pages de la V6 du manuel de l’OMS, les termes « normozoospermie », « asthénozoospermie », « nécrozoospermie » et « tératozoospermie » ne sont pas utilisés.
- Ces termes ont été volontairement supprimés,
Les éditeurs expliquent, à juste titre, que les seuils de référence seuls n'ont pas de sens car il n'existe pas de limites réelles entre les entités cliniques définies.
L’utilisation de ces termes pour classer les hommes peut être trompeuse et doit être évitée.
Notre expérience de biologistes de terrain depuis 30 ans est alignée sur cette nouvelle recommandation.
Ces terminologies sont inadaptées et très mal vécues par les patients. Elles sont basées sur un chiffre déterminé pour certaines subjectivement et dont l’incertitude n’est jamais prise en considération. (ex une vitalité à 57% avec un seuil à 58%)
Conclure un spermogramme avec une terminologie de « nécrozoospermie » (lorsque la vitalité est à 57%) est une aberration qui s’additionne à l’anxiété déjà bien présente chez le couple infertile.
https://fr.wikipedia.org/ : « La nécrospermie ou nécrozoospermie caractérise la présence d'un très grand nombre de spermatozoïdes morts dans le sperme de l'homme.
6. Notre Vision de de la spermiologie moderne
Aujourd’hui, la spermiologie doit s’adapter à son époque du « tout tout de suite » en maîtrisant évidemment le niveau de qualité que cette discipline nécessite. Cette qualité est contrôlée dans notre métier par l’accréditation obligatoire.
Je n’aborderais pas le cadre des réseaux sociaux ou autres sites spécialisés et applications qui se développent sur différents thèmes de spermiologie (ex : mode de vie) comme des champignons.
Dans sa version 6, l’OMS n’a toujours pas vue (ou surement ne veut pas le voir) que cette nécessité de spontanéité et de reproductibilité du résultat ne pourra passer que par des systèmes automatisés appelés par l’acronyme CASA (Computer Aided Sperm Analysis).
L’OMS aborde la thématique du CASA encore comme « d’une technologie émergente » dans le même chapitre que l ’examen du flux et du transport transmembranaire d'ions dans les spermatozoïdes.
Il en existait un seul type déjà il y a 30 ans, il en existe 3 aujourd’hui sur le marché.
C’est vrai que cette technologie déjà performante n’a pas énormément progressée comme on aurait plus l’imaginer en regard des progrès de la biologie (en particulier de la biologie moléculaire).
Mais nous sommes certains que la performance des CASA va être rapide avec notamment l’intégration de l’intelligence artificielle (exemple du système Time Lapse en AMP).
Notre expertise liée à nos fonctions d’évaluateurs techniques en BDR et qui nous fait sillonner la France confirme que les laboratoires spécialisés en BDR s’équipent de plus en plus avec des CASA pour les raisons déjà évoquées.
7. CONCLUSION
L'examen du sperme est la première analyse effectuée chez l'homme d'un couple infertile, et il orientera les examens diagnostiques ultérieurs.
Pour cette raison, il ne représente pas le diagnostic final et doit être interprété avec prudence avec les informations que nous avons essayés de vous présenter clairement, avec les données cliniques (antécédents, examen physique) et autres données diagnostiques (hormonales, génétiques).
Références :
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