L’infertilité du couple : et l’homme dans tout ça ?

L’infertilité masculine a fortement progressé : plusieurs études ont montré des résultats préoccupants, la concentration et la qualité des spermatozoïdes auraient chuté de près de 50% entre 1973 et 2011.

L’infertilité masculine modérée à grave représente près de 30% des causes d’infertilité du couple, mais paradoxalement, les articles sur l’infertilité masculine ne représentent que 5 à 10% de la bibliographie parue. Il en est de même pour le nombre de spécialistes en ce domaine, uro-andrologues ou endocrinologues spécialisés.

Comment expliquer cette baisse de la fertilité masculine ? : on a incriminé des facteurs environnementaux (pollution, exposition à des perturbateurs endocriniens tels que pesticides, plastifiants, métaux lourds…), l’hygiène de vie (surcharge pondérale, tabac, drogue…), l’évolution des modes de vie et des facteurs socio-économiques, tels que le stress, la sédentarité, la baisse de fréquence des rapports sexuels.

Au contraire de l’ovocyte, les études sur la qualité du spermatozoïde sont possibles : recherche de mutations génétiques, étude de la morphologie et de la mobilité des spermatozoïdes, évaluation de nouveaux critères, tels que la fragmentation du DNA spermatique.

Devant cette baisse de la fertilité masculine, la capacité d’action et de prise en charge des problèmes de fertilité masculine a elle notablement progressé.

En amont de la fécondation in vitro, des bilans complets et des prises en charge ciblées permettent de réduire notablement les anomalies de spermogrammes « in vivo » ou « in vitro » : ainsi, la cure d’éventuelles varicocèles, des mesures hygiéno-diététiques permettent une réduction du « stress oxydatif des spermatozoïdes », des traitements hormonaux adaptés peuvent réduire les problèmes d’oligospermie.

De même, les techniques in vitro de concentration des formes mobiles de spermatozoïdes par gradient de migration (TMS) ont notablement amélioré les résultats des inséminations avec sperme de conjoint (IAC) indiquées dans les formes modérées d’oligo-asthénospermie.

Mais en termes d’infertilité masculine, le progrès majeur remonte à 1991, date à laquelle un biologiste, le Docteur Gianpiero PALERMO a injecté « par mégarde » un spermatozoïde dans l’ovocyte et une première grossesse en a découlé en 1992 : l’ICSI (Intra-Cytoplasmic Sperm Injection) était née et a révolutionné la prise en charge des oligo-asthénospermie et des azoospermies.

Ainsi, l’ICSI, couplée aux progrès des techniques chirurgicales de prélèvement testiculaire de spermatozoïdes (TESE) ou des prélèvements épididymaires a permis la prise en charge de patients présentant des azoospermies obstructives et de la plupart des azoospermies sécrétoires en alternative avec le don de sperme.

On évoquera également les conséquences de l’âge paternel sur les échecs de FIV , les risques de fausse couche et la place de l’Intelligence Artificielle en spermiologie. 

 

L’infertilité masculine, porte d’entrée vers la santé des hommes.

De nombreuses publications ont évoqué une augmentation du risque potentiel sur la santé des hommes présentant une infertilité : pour exemple, le risque de développer un cancer testiculaire est majoré en cas d’antécédents d’interventions sur les cryptorchidies, de testicules de petit volume ou d oligospermie.

L’examen andrologique voit là toute sa place dans un bilan médical masculin.

Les travaux du Dr EISENBERG (2004) rattachent même la qualité du sperme a un    6ème signe vital de la santé (les 5 signes classiques étant le pouls, la pression artérielle, la fréquence respiratoire, la température corporelle, et le niveau sanguin d’oxygène).

Une étude récente estimait que la mortalité, toutes causes confondues, était 2,9 fois plus importante chez les hommes n’ayant pas eu d’enfant. 

Ainsi la consultation d’uro-andrologie, indispensable en cas d’infertilité masculine, est l’occasion pour l’homme de réaliser un bilan global de santé et de recevoir une information sur des risques potentiels et la surveillance régulière à mener. 

 

Le Comité de rédaction remercie les auteurs pour leur participation à ce numéro spécial qui propose un état des lieux, explore l’évolution des nouveaux indicateurs biologiques et des nouvelles approches thérapeutiques.

 

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