Contraception estroprogestative : un réel impact sur la sexualité ?

Brigitte RACCAH-TEBEKABrigitte RACCAH-TEBEKA

Dans la pratique clinique, les femmes se plaignent fréquemment de troubles sexuels survenus ou aggravés lors de l’utilisation d’une contraception hormonale. Aussi, des arrêts intempestifs  de la méthode contraceptive sont  parfois attribués à ces symptômes. Dans une revue systématique récente (1), la libido semble identique voire augmentée sous contraception estroprogestative (COP) chez 85% des femmes et diminuée chez 15%. La plupart des études analysées dans cette revue étaient cependant soit rétrospectives soit prospectives sans groupe placebo, comparant parfois 2 associations estroprogestatives entre elles.

Une équipe suédoise a tenté d’évaluer la sexualité dans sa globalité, mais aussi d’étudier chacun des paramètres qui la compose, au sein d’un essai contrôlé, randomisé versus placebo (2). Ainsi 332 femmes en bonne santé, âgées de 18 à 35 ans, ont accepté de participé au protocole de 3 mois. Toutes les patientes assuraient une contraception non hormonale. La randomisation 1/1 permettait de constituer 2 groupes : le premier  groupe utilisait une contraception minidosée de 2ème génération  (21/28j) associant 30µg d’éthinyl-estradiol et 150µg de lévonorgestrel et le deuxième groupe un placebo.

Des enquêtes, réalisées à l’aide de questionnaires largement validés, permettaient d’évaluer la sexualité globale mais aussi chacun des paramètres qui la compose initialement  et après 3 mois de « traitement ».

Les scores évaluant la sexualité dans son ensemble restaient similaires dans les 2 groupes. Cependant, 3 items apparaissaient significativement différents au dépend de la contraception hormonale :

  • Baisse de la libido : -4,4 (IC à 95% -8,49à-0,38 p=.032)
  • Diminution de l’excitation : -5,1 (IC à 95% -9,63à-0,48 p=.030)
  • Moins de plaisir: -5,1 (IC à 95% -9,97à-0,32 p=.036)

Les autres données n’étaient donc pas différentes notamment en ce qui concerne la fréquence des rapports sexuels satisfaisants, l’image de soi, la réactivité, la qualité des orgasmes…

Les auteurs de l’essai évoquent des mécanismes physiopathologiques possibles :

  • Rôle de la testostérone : lors de l’utilisation d’une COP, la fraction libre de cette hormone est abaissée du fait de l’augmentation de la protéine porteuse (SHBG) ; de plus, la production ovarienne de testostérone diminuée
  • Effet direct négatif du progestatif sur le cerveau, la question de l’effet variable selon le type de progestatif se pose dans ce contexte

La sexualité féminine est, on le sait, d’une extrême complexité…

Cet essai  donne un petit éclairage sur le rôle peut-être néfaste de la contraception hormonale, en particulier estroprogestative. La libido, l’excitation et le plaisir pourraient, en effet, être émoussés chez certaines femmes.

Soyons attentifs aux plaintes de nos patientes qui évoquent des troubles de la sexualité et allons les chercher par un interrogatoire délicat chez les autres …Des arrêts intempestifs de la contraception pourraient ainsi être évités ?
 

  1. Pastor Z, Holla K, Chmel R. The influence of combined contraceptives on female sexual desire: a systematic review. Eur J Contracept Reprod Health Care.2013;18:27-43
  2. Zethraeus N, Dreber A, Ranehill E et al. Combined oral contraceptives and sexual function in women- a double-blind, randomized, placebo-controlled trial. J Clin Endocrinol Metab 101:4046-4053,2016

Date de mise à jour : 15/12/2016

 
Les articles sont édités sous la seule responsabilité de leurs auteurs.
Les informations fournies sur www.gyneco-online.com sont destinées à améliorer, non à remplacer, la relation directe entre le patient (ou visiteur du site) et les professionnels de santé.