Conseils à prodiguer post accouchement pour la rééducation du périnée

Joëlle SOUFFIRJoëlle SOUFFIR

Dans un monde parfait, une rééducation périnéale post partum devrait être la suite logique d’une éducation bien antérieure.

En effet, c’est là que tout commence, et pour qu’une rééducation fonctionnelle puisse avoir un résultat fonctionnel, il faudrait qu’il s’agisse réellement d’une rééducation et non pas d’une éducation, ce qui la plupart du temps est le cas, surtout dans les suites d’un premier accouchement.

Un bilan de rééducation post-partum doit sortir d’une routine, et doit prendre toute sa place dans la vie physique et psychique de la femme.

Il se doit d’être global, et de dépasser une généralité afin de rester au plus près de la réalité intime de la patiente.

Les premiers conseils à prodiguer pour le respect du plancher pelvien, devraient commencer à l’école, puis lors des premières consultations gynécologiques, puis lors du début d’une grossesse, pour trouver une évolution et s’adapter à la réalité du post-partum.

 Ce projet devrait concerner aussi bien les praticiens, qui, ayant eu connaissance des conséquences potentiellement délétères des grossesses et des accouchements sur le plancher pelvien, sont supposés transmettre les informations et la prévention, que les femmes, qui sont supposées, elles, réclamer ces mêmes informations.

Cela permettrait par ailleurs que la femme qui n’accouche jamais ait droit au même profit que celle qui accouche.

Les conseils post-partum concernant le plancher pelvien devraient commencer bien avant le prépartum.

Chez la petite-fille l’approche de sa région pelvienne devrait être assurée sans tabou, expliquée simplement sur l’anatomie, la physiologie, la prévention (hygiène, boire raisonnablement, aller aux toilettes partout, même à l’école, s’asseoir pour vider sa vessie, signaler les sports trop difficiles, les fuites urinaires…

Dans l’adolescence, l’écoute pourrait ouvrir aux conseils sur les choix des sports, l’éducation alimentaire, la sexualité, les premiers rapports, la propriété de son corps : hygiène, anomalies, contraception

Jusqu’à la première grossesse, cette approche devrait être assurée par les parents, les médecins scolaires, les professeurs d’éducation physique, les coaches sportifs, les entraineurs.

Dès la première consultation gynécologique, les conseils sont à donner par le gynécologue avec déjà de la prévention sur la constipation, les boissons, les anomalies urinaires (fuites, infections), les rapports, les MST, le choix d’activités sportives.

Dès la première grossesse, si tout ce qui précède a été acquis, il n’y a plus aucun conseil à donner ! La grossesse va vivre pour elle-même et générer peut-être des contraintes périnéales, un complément d’informations, et partant de conseils :

  • les fuites urinaires, habituelles en début de grossesse, liées aux modifications hormonales, classiques en fin de grossesse, de façon plus mécanique, du fait du poids et des compressions pelviennes
  • les mictions plus fréquentes, normales
  • la pratique des sports, à poursuivre ou pas selon les sports
  • les rapports sexuels, la peur ou la gêne qui peut les entraver

Après l’accouchement, très tôt, des informations et des conseils doivent être donnés dans le but de rassurer, prévenir et traiter :

  • épisiotomies, éraillures, déchirures, douleurs, comment traiter, comment soulager ?
  • fuites urinaires, impériosités, urgences fécales, incontinence aux gaz, pesanteurs pelviennes, bruits vaginaux
  • reprise des rapports : pourquoi la sécheresse ? pourquoi les douleurs ? combien de temps ? est-ce comme avant ?
  • le retour de couches, quand ? pourquoi ?
  • la contraception, pourquoi ? quand, quel risque, quel type ?

Ce n’est que dans les semaines et les mois qui suivent, que la récupération musculaire et fonctionnelle vont se mettre en place.

Comme dit plus haut, la femme « informée » sera rééduquée et la femme « non informée » sera à éduquer.

Malheureusement dans le deuxième cas, on va s’adresser à une région non seulement méconnue, mais aussi traumatisée… Aucune base de perception préalable, d’intégration d’un schéma périnéal préexistant, d’un lien physiologie spécifique. Quel lien entre le périnée et la vessie, les fuites, les urgences, les pesanteurs ?

C’est le lieu d’un bilan kinésithérapique très soigné : antécédents, traitements en cours, facteurs de risques personnels, déroulement de l’accouchement, poids de l’enfant, allaitement, puis symptômes, douleurs, cicatrices, puis examen clinique précis : trophicité, altération de la statique pelvienne, évaluation musculaire en décubitus et en position orthostatique.

A partir de ce bilan, se construit la démarche de récupération et de conseils, s’il en est besoin. Elle s’organise autour :

  • de la prévention : constipation, station debout prolongée, efforts
  • du « care » : les douleurs, le mal être, le baby blues
  • de la reconnaissance et du renforcement musculaire pelvien dans ses fonctions
  • de la réinsertion dans la vie de chacune : gestion des contraintes pelviennes de la vie courante et des facteurs de risque individuels, reprise ou choix d’un sport, adaptation aux efforts et aux activités professionnelles

 

C’est dans cette mise en perspective que les conseils et la réhabilitation suivant un premier accouchement se devraient d’être pratiqués.

Cela est très bien reconnu lorsqu’une rééducation après un second accouchement s’avère beaucoup plus facile et rapide.

Le foisonnement de questions, préoccupations, gène, demande d’information est très prégnant dans cette situation où le temps est donné de parler, de prendre son temps, d’être en confiance.

On pourrait ouvrir là le débat de la prévention, faite au moins dès les premières consultations gynécologiques ou le premier trimestre de la première grossesse, sur l’interrogation sur quelques facteurs de risque, afin que la région pelvienne soit connue avant d’être re-connue. 

 

Bibliographie
Quelle place pour la rééducation ? Avant ou après la naissance ?
Joelle SOUFFIR JTA 2004 www.lesjta.com/html2fpdf/article_pdf.php?ar_id=932
Sport et Incontinence urinaire : Etude IFOP pour Tena, MAI 2007
BADER G. Communication Compilation POST PARTUM 2007 
HERMIEU JF: Comment prévenir l’incontinence urinaire ? Communication Compilation
SOUFFIR J.: Rééducation Urogynécologique in Manuel de Kinésithérapie Pratique Section 4 Chapitre 9 Edition Lamarre 1998

 

 

Date de mise à jour : 19/04/2017

 
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