La migraine doit-elle être considérée comme un facteur de risque cardio-vasculaire ?

Claire BRICAIREClaire BRICAIRE

La migraine doit-elle être considérée comme un facteur de risque cardio-vasculaire ?

La migraine touche 1/5 de la population américaine au cours d'une vie et est 3 à 4 fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.

L'association entre migraine et augmentation du risque d'AVC ischémique ou hémorragique est bien établie ; en cas de migraine avec aura et tabagisme ce risque est multiplié par10.

 

Qu'en est- il de l'association migraine et maladies cardio-vasculaires ?

Cette étude a pour objectif d'évaluer l'association entre migraine et incidence des maladies cardio-vasculaires (MCV) et mortalité CV à partir de la grande cohorte prospective de la Nurse’s Health Study II.

L'analyse a porté sur une population de 115 541 femmes d'âge compris entre 25 et 42 ans toutes indemnes d'incident cardio-vasculaire à l'entrée dans l'étude et le suivi s'est poursuivi de 1989 à juin 2011.

L'établissement du diagnostic de migraine se faisait de façon déclarative par un questionnaire à l'entrée dans l'étude en 1989 et confirmé par deux questionnaires ultérieurs en 1993 et 1995.

Le critère d'évaluation primaire était la survenue d'un événement CV fatal (infarctus du myocarde ou AVC) et le second critère d'évaluation était la survenue d'un événement CV non fatal (infarctus du myocarde, angioplastie) ou AVC non fatal ischémique ou hémorragique.

Le recueil des données se faisait par questionnaires biannuels.

En cas de survenue d'un événement CV ou ischémique, le diagnostic devait être confirmé par un rapport médical et une imagerie cérébrale en cas d'AVC.

Les résultats de l'étude ont tous été ajustés sur les bilans lipidiques, les notions, de diabète, d'hypertension artérielle, de tabagisme, de consommation d'alcool, d'activité physique, de consommation d'aspirine et de paracétamol et sur les antécédents familiaux CV survenant avant l'âge de 60 ans.

 

Résultats

Parmi les 115 541 femmes de l'étude, 17 531 ont rapporté un diagnostic de migraine.

L'étude des caractéristiques de la population fait apparaître chez les femmes migraineuses un profil cardio-vasculaire plus défavorable incluant une plus grande fréquence d'hypertension artérielle, de dyslipidémie, de surcharge pondérale, d'antécédent familial d'infarctus et de tabagisme.

Au cours du suivi qui a porté sur20 ans,  1329 événements cardio-vasculaires  sont  survenus aboutissant à 223 décès d'origine CV.

Après ajustement sur les différents facteurs de confusion, il ressort de cette étude que la migraine s'associe à :

  • une augmentation de risque de MCV grave  avec un RR=1.5 (1.33-1.59),
  • une augmentation d'infarctus du myocarde  avec un RR=1.39 (1.18-1.64),
  • une augmentation du risque d'AVC avec un RR=1.62 (1.37-1.92),
  • une augmentation du risque de geste de revascularisation  coronaire  avec un RR=1.73 (1.29-2.32) comparé aux femmes non migraineuses.

Sur le plan de l'évaluation du risque de mortalité CV, le RR est de 1.37 (1.02-1.83).

Ces associations étaient identiques parmi les sous-groupes de femmes selon que l'âge soit supérieur ou inférieur à 50 ans, selon la consommation de tabac, la prise d'un traitement substitutif ménopausique ou d'une contraception orale.

 

Conclusions

L'association entre migraine et augmentation du risque d'AVC hémorragique ou ischémique, tout particulièrement en cas de migraine précédée d'une aura, était déjà bien établie.

Cette étude montre qu'il existe également une association entre migraine et incidence des maladies cardio-vasculaires : la migraine apparaît donc comme un désordre systémique affectant l'ensemble du système endovasculaire.

L'augmentation des marqueurs endothéliaux de l'inflammation a du reste été rapportée au cours des migraines précédées d'une aura.

Certes, cette augmentation au niveau individuel est faible mais elle doit être repensée en fonction de la prévalence élevée de la migraine dans la population générale.

 

Cette étude possède un certain nombre de limites :

-Le diagnostic de migraine est, dans cette étude, déclaratif et un sous diagnostic est possible s'il s'agissait de crises de migraines mineures non signalées.

-L'étude ne permet pas de préciser si ces migraines étaient précédées d'une aura, élément de l'interrogatoire fondamental à prendre en considération dans l'évaluation du risque vasculaire.

-Il s'agit d'une population d’une cohorte d 'infirmières de race blanche très suivies sur le plan médical et les résultats ne sont pas forcément extrapolables à la population générale. On ne sait pas en particulier si ces résultats sont extrapolables aux sujets masculins.

 

Cette étude soulève néanmoins un certain nombre de questions

-Doit-on considérer la migraine comme un facteur de risque vasculaire et prendre des précautions lors de la prescription de traitements hormonaux chez ces femmes ?

- Est-il licite d'envisager un traitement de prévention CV de type aspirine ou statines chez ces patientes ?

-Dans l'état actuel de nos connaissances, mieux vaut se contenter de donner comme conseils des règles de vie incitant à une alimentation équilibrée et la pratique régulière d'une activité sportive chez ces patientes.

Date de mise à jour : 15/09/2016

 
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